Si tu aimes Carmen, prends garde à Allah

Après la Karmen africaine du metteur en scène sénégalais Joseph Ramaka, voici une Carmen marocaine créée par l’opéra éclaté, composée de musiques arabo-andalouses. Ce personnage mythique et dérangeant incarne la liberté féminine au-delà des frontières.

Première collaboration lyrique avec le Maroc, la Carmen andalouse va subir des transformations au fur et à mesure de sa rencontre avec le public. Pour le metteur en scène, Olivier Desbordes, il faut éviter l’écueil de l’orientalisme exotique et trouver un axe plus fort pour s’approprier le personnage. C’est là que l’idée d’un conteur accompagné de percussions s’impose. Les arrangements musicaux sont faits avec des instruments comme l’oud, le violon oriental, le kanoun, les percussions, et la musique est composée par Youssef Kassimi Jamal. Le conteur chante l’air d’Escamillo en arabe tandis que l’air de Don José devient une mélopée amoureuse, sobre, accompagnée par des musiciens marocains.

Carmen en arabo-andalou

Le décor représente la place du village, qui est l’axe central du lieu social, là où tout se passe, tout se dit, tout se trame, tout s’échange et tout se vend . Lieu nocturne de tous les crimes et de toutes les amours et lieu diurne de rassemblement, d’intrigues, de prêche et de fête. C’est avant tout un lieu de tradition orale qui célèbre la vie et la mort. Comme à Marrakech, la fameuse Place Jemaa el Fna, qui signifie la Place de l’Apocalypse.

Autour, en cercle, des artistes, musiciens, hommes et femmes, sont, par le biais de contes, les témoins des tragédies et des drames qui font la trame de la comédie humaine. Le cercle est à la fois une forme symbolique qui représente la terre, le soleil, la lune ou le ventre maternel, c’est-à-dire l’origine du monde, et également le cercle de famille ou le cercle des initiés. Quand on fait partie du cercle, on accède à la vie communautaire. C’est aussi la forme ancestrale de toute représentation publique comme le cirque, l’arène et la corrida.

Nietzsche qui fut un grand admirateur de la sensualité subversive de la Carmen de Bizet a dit :  » A-t-on remarqué à quel point la musique rend libre ? Donne des ailes aux pensées, cette oeuvre vous emporte loin du Nord brumeux. Cette oeuvre vous délivre, parle une autre sensualité, une gaieté africaine. C’est une sensibilité plus méridionale, plus brune, plus brûlée. Il faut méditerraniser la musique  »

40 représentations au Théâtre Silvia Monfort

Tél:01.56.08.33.88. Paris 75015