Sénégal : les graines du scandale

L’Etat sénégalais serait impliqué dans l’affaire des 800 millions de F CFA de bons impayés agricoles. Il aurait utilisé la coopérative de récolte et d’achat des productions à des fins politiques en lui demandant d’octroyer des crédits aux paysans à la veille des élections.

Rebondissement dans l’affaire des bons agricoles impayés sénégalais. L’Etat, qui réclame haut et fort 800 millions de FCFA à l’Union nationale des coopératives agricoles du Sénégal (Uncas), soupçonnée de détournement de fonds, se retrouve aujourd’hui au ban des accusés. Parfum de scandale. A quelques jours des élections régionales, les autorités auraient demandé à la dite coopérative de concéder des crédits aux paysans sur ses prévisions de recettes. Une avance de trésorerie imprévue que l’organisation professionnelle croyait garantie par l’Etat.

Septembre 2002, l’Uncas plonge dans la tourmente. Les producteurs d’arachides acceptent en échange de leurs récoltes des bons qui resteront impayés. Un préjudice financier important qui met tout le pays en émoi. Le président de la République, Aboulaye Wade, intervient personnellement pour calmer la situation. Le ministre de l’Agriculture de l’époque, Pape Diouf, se dédouane de la situation et pointe du doigt les membres de l’Uncas, incapables d’honorer leur créances. Le journal Sud Quotidien jette un pavé dans la marre et montre, documents à l’appui, l’imposture des allégations du ministre.

Soigner l’électorat paysan

L’Etat s’est désengagé de la filière arachidière et n’assure plus la collecte des récoltes. Les élections rurales, municipales et régionales approchent. La grogne des paysans fait craindre un vote sanction de la part du puissant lobby. Le ministre de l’Agriculture demande alors à l’Uncas d’accorder des crédits pour les semences aux producteurs du bassin arachidier (Djourbel, Kaolack, Thiès). Une requête impromptue qui l’oblige à avancer des fonds avec lesquels elle devait payer les récoltes aux producteurs. En attendant de négocier avec le Comité national interprofessionnel de l’arachide (Cnia) pour retrouver sa mise. Des discussions qui n’aboutiront jamais.

Dans une correspondance adressée à Pape Diouf et révélée par l’enquête de Sud Quotidien, le président de l’Uncas, El Hadj Mbaye Lô, sous le feu de la critique, ne comprend pas :  » Cette mission menée en partenariat avec le Crédit Mutuel du Sénégal dans les régions de Fatick, Kaolack et Tambacounda, a nécessité la mise en pratique d’un crédit direct qui a coûté cher. C’est vous-même M. le ministre qui nous l’avait en son temps demandé (…) « . Ce dernier avait assuré que l’Etat se chargeait de garantir l’opération auprès des partenaires financiers de l’Uncas. Rien n’a été fait. A l’heure de l’inévitable scandale, la coopérative se retrouve dans la position du bouc émissaire. Jusqu’à ce que le voile soit levé sur les dessous de l’affaire qui n’en restera certainement pas là.

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