Sénégal : le torchon brûle entre Idrissa Seck et Macky Sall

On peut dire que le torchon brûle entre l’ancien Premier ministre du Sénégal, Idrissa Seck patron du parti REWMI, et l’actuel Président du Sénégal, Macky Sall. Après une sortie musclée le 25 mars, alors qu’il disait ouvertement que le Sénégal allait mal, Idrissa Seck, dans un entretien du week-end avec le groupe D-médias, dément le nouveau régime qui passe son temps à accuser Abdoulaye Wade d’avoir vidé les caisses de l’Etat.

(De notre correspondant)

Au lendemain de la prise de pouvoir par le régime du président Macky Sall, la chanson était la même chez tous les membres du gouvernement : « les caisses de l’Etat sont vides. Wade et sa famille ont pillé tout le pays ». Une phrase qui a finalement convaincu le peuple sénégalais qui finit par accepter de concéder quelques moments de grâce au nouveau régime, afin qu’il trouve les moyens d’approvisionner les caisses de l’Etat vidées par l’ancien chef d’Etat sénégalais Abdoulaye Wade et ses proches.

Ce qui explique le semblant de patience chez les Sénégalais qui tardent à voir le prix des denrées de première nécessité connaître une baisse substantielle, comme l’avait promis le candidat Macky Sall durant la campagne électorale pour la présidentielle de 2012. Au moment même où le nouveau régime a fait un an et que les âmes commencent à s’impatienter du fait d’une crise sociale profonde que vivent les Sénégalais, voilà qu’Idrissa Seck, l’ancien Premier ministre pourtant allié de Macky Sall qu’il a aidé à combattre Wade en mars 2012, jette une grosse pierre dans le jardin de l’actuel président sénégalais.

« L’assertion selon la quelle Wade aurait laissé les caisses de l’Etat vide est une pure contre-vérité. Vous m’avez vu combattre Wade pour lui éviter l’ignominie de la dévolution monarchique du pouvoir et l’ignominie d’un 3ème mandat anticonstitutionnel. On peut tout reprocher à Wade sauf d’avoir laissé des caisses vides. Le Premier ministre et le ministre de l’Economie et des Finances doivent dire aux Sénégalais qu’en mars 2012, Wade a laissé dans les caisses précisément 417.907.700.000 FCFA (soit 638 millions d’euros). Il n’y pas de caisses vides, c’est quoi cette histoire ? Je prends à témoin le gouverneur de la Banque centrale et la représentante résidente du Fonds monétaire international (FMI) qui regarde quotidiennement la position nette du gouvernement pour évaluer et exprimer la santé financière du pays. Wade a laissé (à Macky Sall) une situation bien meilleure qu’Abdou Diouf lui a laissé en 2000 », a confié Idrissa Seck.

Déjà le jeudi 28 mars, en marge de son audience à la Maison blanche, aux Etats-Unis, le président Macky Sall a apporté une petite réplique à Idrissa Seck qui disait que le Sénégal allait mal : « Je respecte sa liberté d’expression et de ton. Mais je reste concentré sur le bilan que j’aurai à livrer aux Sénégalais avant 2017 (fin de son mandat) ». Une réponse qui en disait long sur le conflit latent entre les deux alliés du mouvement Benno Bokk Yakkaar, au point que la presse annonçait déjà l’exclusion prochaine des proches d’Idrissa Seck, notamment Pape Diouf (ministre de la Pêche et des Affaires maritimes) et Omar Sarr (ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement), du gouvernement.

Avec cette nouvelle sortie d’Idrissa Seck qui sera largement diffusée à la télé ce mardi soir, on va inéluctablement vers une implosion au sein du parti présidentiel.