Sénégal : la fin du monopole Internet ?

La Sentel, le deuxième opérateur de télécommunications sénégalais, a annoncé mercredi son projet de devenir un opérateur Internet, en proposant un système de connexion inédit au Sénégal. Un produit qui bousculerait une situation de monopole, étouffante pour le développement des NTIC dans le pays.

L’Internet 24 heures sur 24, sans fil et avec la liberté de surfer sans regarder sa facture de téléphone ? Cela sera peut-être pour bientôt au Sénégal. La Sentel, deuxième opérateur de télécommunications sénégalais, vient en effet d’annoncer un projet qui donnera la possibilité aux internautes d’accéder à Internet par la boucle locale radio.

Une façon de mettre à mal un monopole jusque-là détenu par la Sonatel.  » Le but n’est pas de faire de l’ombre à la Sonatel, c’est d’abord de faire du bien au Sénégal « , explique Abdourahmane Seck, Internet manager de la Sentel.  » Actuellement, les entreprises qui se connectent à Internet passent par les lignes spécialisées de la Sonatel qui coûtent très cher. Quant à la connexion pour les particuliers, elle se fait via le téléphone. C’est cher et peu fiable : il y a souvent des coupures.  »

La Sentel propose un débit six fois supérieur que celui pratiqué actuellement par la Sonatel, pour un prix trois fois inférieur.  » Pour donner la possibilité aux Sénégalais de profiter enfin des NTIc dont on leur parle depuis deux ans mais que l’on ne développe pas. Nous apportons de vraies solutions.  » En passant par la boucle locale radio, la Sentel veut assurer une connexion permanente pour un coût fixe, très intéressant par rapport aux tarifs de la Sonatel. Pour une ligne de 256 kilobits, la Sonatel facture 1 million 500 000 F CFA par mois. Pour le même débit, la Sentel compte faire payer 5 400 F CFA.

Abus de pouvoir

Inutile de dire que ce projet compte déjà un capital de sympathie énorme car il touche tout le monde : les entreprises, les fournisseurs d’accès, les sociétés informatiques, les banques et les particuliers.  » Nous voulons apporter de l’innovation. Le frein, c’est la situation de monopole qui étouffe les providers, comme le cybercafé Métissacana « , explique Abdourahmane Seck.

Un monopole de plus en plus remis en question. Paul Mendy, conseiller technique au ministère de la Communication et des Nouvelles technologies, est pour la libéralisation du marché.  » La concurrence est une bonne chose. A propos du produit de Sentel, beaucoup de gens se sont posés des questions. Par exemple, l’entreprise a-t-elle le droit de devenir opérateur Internet ?  »

Réponse : oui, elle en a le droit.  » Dans la convention qu’elle a signée avec l’Etat, elle a obtenu une licence en tant qu’opérateur GSM, avec un accès aux technologies évoluées. Elle peut donc mettre en place des services différents, comme l’accès à l’Internet. De plus, la Sonatel a le monopole à l’international en ce qui concerne la téléphonie. Son monopole sur l’Internet est un abus « , assure Paul Mendy.

Pour l’heure, même si le projet de Sentel est très séduisant, son autorisation est suspendue à un décret présidentiel. Ce dernier pourrait retirer à Sentel sa licence d’exploitation GSM  » pour non respect des clauses du contrat « . Rendez-vous après les prochaines élections.