Sécurité aérienne : les compagnies africaines représentées massivement sur la liste noire de l’UE

Le crash d’un A310 de la compagnie Yemenia le 30 juin, au large des Comores, relance le débat sur la sécurité des transports aériens. L’Union européenne a actualisé mardi sa « liste noire » des compagnies, sans y inclure Yemenia. Un transporteur zambien fait son apparition parmi les compagnies interdites en Europe. L’Afrique est particulièrement concernée par ces interdictions à cause de la vétusté et du manque d’entretien de ses appareils.

Les pays européens ont actualisé leur liste noire des compagnies aériennes. Yemenia, dont un des avions s’est écrasé au large des Comores le 30 juin, ne figure pas parmi les compagnies interdites, bien qu’elle soit sous haute surveillance. Il faudra attendre les conclusions de l’enquête en cours pour que son statut soit réexaminé.

La liste, créée en 2006 à l’initiative de la Commission européenne, compte 256 compagnies. Les compagnies de douze pays et neuf transporteurs individuels sont totalement interdits. Sept autres sont soumis à des restrictions. Cette interdiction touche nombre de pays africains. L’ensemble des transporteurs aériens de huit pays du continent ainsi qu’une compagnie soudanaise et une rwandaise n’ont pas le droit de desservir l’Europe. Au total, 115 compagnies africaines sont interdites en Europe, ce qui constitue 45% de la liste noire. L’Asie en compte 136, notamment au Kazakhstan et en Indonésie, et l’Europe quatre (en Ukraine). En Afrique, c’est la RDC qui compte le plus de compagnies interdites sur le territoire européen avec cinquante sept sociétés placées sur la liste noire. Les autres pays concernés sont, entre autres, l’Angola, la Guinée équatoriale et le Bénin avec respectivement 18, 9 et 8 compagnies interdites.

Depuis la mise à jour de la liste noire, cette année, quatre compagnies indonésiennes sont à nouveau autorisées sur le territoire européen car elles répondent aux normes de sécurité internationales, tandis que toutes les compagnies du Kazakhstan (sauf une) et une zambienne sont désormais interdites.

Une liste basée sur des critères techniques

Pour répertorier les compagnies considérées comme dangereuses, la Commission européenne coopère avec tous les Etats membres et l’Agence européenne de la sécurité aérienne. L’objectif de la liste est de protéger les voyageurs. « La liste noire se veut un outil de protection des passagers. Elle a d’abord un caractère préventif et dissuasif vis-à-vis des compagnies aériennes, notamment sur le plan économique», indique le porte-parole d’Antonio Tajani, commissaire européen aux transports, dans un article publié par lemonde.fr le 1er juillet 2009.

L’Union européenne effectue des inspections dans ses aéroports et vérifie l’état des appareils. Lorsque ceux-ci s’avèrent mal entretenus ou vétustes, la compagnie peut perdre son droit d’exploitation en Europe. La liste est réactualisée tous les trois mois ou sur demande d’un pays membre. Dans le reste du monde, elle n’a pas de valeur juridique mais sert uniquement de conseil.

Toutefois, la liste n’est pas exhaustive puisque les contrôles ne sont pas systématiques et sont limités aux aéroports européens. L’accident de l’airbus de Yemenia a montré qu’une compagnie peut utiliser un avion aux normes en France puis transporter les voyageurs dans un « avion poubelle » après une escale. Pour éviter ce cas de figure, la France a proposé la mise en place d’une liste mondiale quelques jours après l’accident, une idée soutenue par Bruxelles. Mais le président de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), Roberto Kobeh, se montre réservé sur la question. Une liste mondiale risquerait de mettre en péril des compagnies, sans réduire les risques d’accidents. L’OACI prône plutôt une aide à certains pays pour améliorer la qualité de leurs vols. Et le débat n’est pas fini, puisque la série des accidents continue avec le crash d’un avion iranien le 16 juillet qui a fait 168 morts.

 La liste noire de l’Union Européenne