Sarkozy promet une fois de plus l’égalité des chances

Dans un amphithéâtre plein à craquer de l’école Polytechnique, le président français Nicolas Sarkozy a présenté mercredi son discours sur la diversité et l’égalité des chances. Il a proposé quelques mesures contre les discriminations sociales et nommé Yazid Sabeg « commissaire à la diversité et l’égalité des chances ». Un discours très attendu mais peu innovant. Reportage.

« Relever le défi du métissage que nous adresse le XXIème siècle ». Voilà ce à quoi le président français Nicolas Sarkozy veut s’atteler, dès le début de l’année 2009. Aucune allusion à Barack Obama ou à la leçon de tolérance donnée par les Etats-Unis au monde entier. Pourtant, le discours prononcé mercredi, dans le grand amphithéâtre de l’école Polytechnique a un petit goût de Yes,we can, version française. Le nom du futur président américain est d’ailleurs sur toutes les lèvres dans la salle.

Dès 2009, Nicolas Sarkozy entend bien prendre à bras le corps les problèmes de discrimination, de ségrégation et d’inégalité des chances dont sont tous les ans victimes des milliers de Français. L’énorme chantier sera mené sur plusieurs fronts à la fois : l’éducation, les entreprises, la fonction publique, les médias et les partis politiques. S’adressant par leurs prénoms à chacun des ministres concernés, M. Sarkozy a réparti les tâches tel un chef d’orchestre.

Cinq secteurs clés pour réussir

« L’égalité réelle des chances, c’est d’abord par l’école qu’elle passe », a déclaré Nicolas Sarkozy. Xavier Darcos, ministre de l’Education, et Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche devront, entre autres, réserver 25% des places en classes préparatoires aux grandes écoles aux lycéens boursiers, puis 30% en 2010. « Nous allons ouvrir en grand les lieux où se forme l’élite de demain », a déclaré le président dans cet amphithéâtre de Polytechnique, une des plus prestigieuses écoles de France, et aussi l’une des plus élitistes.

Les entreprises devront, elles aussi, mettre la main à la pâte. Une centaine d’entre elles expérimentera, dès janvier, le CV anonyme, cher à Nicolas Sarkozy. La Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) sera même autorisée à effectuer des contrôles inopinés pour traquer les entreprises discriminantes. Un « label diversité » verra le jour pour récompenser les bons élèves du monde du travail. Ceux-ci seront alors privilégiés au moment des appels d’offre de l’Etat.

La fonction publique a, elle aussi, un rôle à jouer dans la promotion de l’égalité des chances car « l’Etat doit être exemplaire », selon le président. Il a déploré que, pour l’accès aux 170 écoles de fonctionnaires, ce soit « le même concours pour tous mais pas la même préparation ». Des classes préparatoires seront ainsi créées pour les candidats les plus modestes et 30% des postes leur seront réservés. La nomination des hauts fonctionnaires ne dérogera pas à la nouvelle règle. Nicolas Sarkozy s’est même insurgé contre le fait que la nomination d’un préfet musulman [[Aïssa Dermouche, nommé dans le Jura en 2004]], dont il rappelle être l’artisan, ait fait la une de tous les journaux.

Politique et médias enfin. Une « charte de la diversité » devra être signée par les partis politiques, qui verront éventuellement leur financement public réduit s’ils n’accordent pas de places aux personnes représentatives de la diversité. Les médias, quant à eux, seront surveillés par le CSA qui publiera annuellement un rapport sur la diversité.

Des mesures déjà entendues

Exit donc les statistiques ethniques et religieuses qui sont devenues, pour le président, « dangereuses » et « communautaristes ». Exit la discrimination positive que Nicolas Sarkozy prônait tant Place Beauvau et bienvenue à « l’égalité des chances ». Désormais, « il ne s’agit pas de remplacer une discrimination par une autre » ni de « favoriser Rachida ou Fadela au profit d’Eric, fils d’ouvrier ». Le seul instrument de mesure des inégalités qui compte est le « critère social », « parce que les inégalités sociales englobent toutes les autres ».

Malgré tout, le discours de Nicolas Sarkozy n’est pas aussi novateur qu’il y paraît. Les quotas en classe préparatoire avaient fait l’objet d’une déclaration de Valérie Pécresse début septembre. Le « plan Banlieue » de Fadela Amara, à nouveau évoqué par le président, attend toujours de recevoir les financements nécessaires. Pas grand-chose de nouveau donc, hormis la nomination au poste de « commissaire à la Diversité et à l’Égalité des chances » de Yazid Sabeg, industriel d’origine algérienne, président de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine (ANRU).

Dommage que Rachida Dati et Rama Yade, les « atouts diversité » du président ne soient pas sûres de rester au gouvernement en janvier, elles risquent de ne pas voir les progrès accomplis. Mais comme Nicolas Sarkozy le rappelle lui-même, «il ne suffit pas de proclamer l’égalité pour qu’elle soit réalisée».

 Voir la vidéo du discours de Nicolas Sarkozy

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