Santé en Afrique : une nouvelle stratégie décennale pour répondre à la pénurie de soignants


Lecture 3 min.
Santé en Afrique : une nouvelle stratégie décennale pour répondre à la pénurie de soignants
Professionnelle de santé

Face à une pénurie de professionnels de santé qui pourrait dépasser six millions de personnes d’ici 2035, les pays africains veulent revoir leur politique de gestion des ressources humaines dans le secteur sanitaire. Les ministres africains de la Santé ont adopté un programme décennal pour former, employer et retenir trois millions de professionnels supplémentaires sur le continent.

L’Afrique veut renforcer durablement ses effectifs de santé. Réunis dans le cadre de la 76e session du Comité régional de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour l’Afrique, les ministres africains de la Santé ont approuvé mercredi le Programme de gestion des personnels de santé en Afrique 2026-2035.

Cette nouvelle feuille de route doit permettre de répondre aux besoins des populations avec le renforcement de la formation, de l’emploi et de la fidélisation des professionnels de santé. L’objectif est de disposer de personnels suffisamment nombreux, qualifiés et mieux répartis pour garantir un accès plus équitable aux soins.

« Nos États Membres ont reconnu que la formation des professionnels de santé n’est que le commencement », a déclaré le Dr Mohamed Yakub Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique. Selon lui, le programme doit permettre de transformer les engagements politiques en investissements durables en faveur des personnels de santé et, plus largement, du bien-être des populations africaines.

Un déficit qui inquiète

Les effectifs de santé ont pourtant progressé au cours de la dernière décennie. Ils atteignaient près de 5,72 millions de professionnels en 2024. Malgré cette hausse, le continent ne disposerait actuellement que d’environ 46 % des effectifs nécessaires pour répondre aux besoins sanitaires.

Sans nouvelles mesures, le déficit pourrait dépasser six millions de professionnels de santé à l’horizon 2035. Une situation qui risque d’accentuer les difficultés d’accès aux services essentiels, notamment dans les zones rurales et les régions les moins dotées.

Le continent fait également face à une situation paradoxale. Près d’un million de professionnels de santé formés seraient sans emploi, alors que de nombreux établissements manquent de personnel. Les jeunes diplômés sont particulièrement concernés. Dans plusieurs pays, plus de la moitié des médecins, infirmiers et sages-femmes nouvellement formés peinent à trouver un emploi peu après leur formation, selon l’OMS qui y voit un décalage entre les capacités de formation, les besoins réels du marché du travail et les ressources disponibles pour financer les emplois dans le secteur sanitaire.

Miser sur l’emploi et la fidélisation

Le programme 2026-2035 prévoit donc d’agir sur plusieurs fronts. Les États sont appelés à améliorer la planification des effectifs, renforcer la qualité des formations, créer davantage d’emplois et mettre en place des conditions susceptibles de retenir les professionnels qualifiés dans les régions qui en ont le plus besoin.

L’OMS insiste également sur l’intérêt économique de ces investissements. Selon ses estimations, combler le déficit de personnels de santé en Afrique nécessiterait entre quatre et six dollars supplémentaires par personne et par an.

Les bénéfices attendus pourraient toutefois être nettement supérieurs aux investissements consentis. Chaque dollar investi dans les personnels de santé pourrait générer jusqu’à dix dollars de bénéfices économiques et environ trente fois sa valeur en retombées sociales plus larges, grâce à l’amélioration de la santé des populations et à l’augmentation de la productivité.

Casimir Vodjo Kpenou
LIRE LA BIO
Vodjo Kpenou Casimir est un journaliste béninois basé à Cotonou, titulaire d'une licence en journalisme de l'Institut Universitaire Panafricain de Porto-Novo (2019). Il a forgé son expérience dans des rédactions web africaines. Engagé dans la lutte contre la désinformation, il est membre actif de l'African Fact-Checking Alliance et contributeur au réseau Wikipédia pour l'Afrique francophone.
Newsletter Source préférée