Salim Halali et les « Trésors de la chanson judéo-arabe »

Salim Hilali, chanteur et interprète de musique arabo-andalouse, a laissé une marque indélébile dans la culture nord-africaine. Né en 1920 dans une grande famille juive berbère Chaouis, à Annaba en Algérie, et mort 85 ans plus tard, à Antibes, il a vécu dans son pays natal, au Maroc, en France, et a sillonné les scènes du monde. Buda Musique lui consacre un album, Trésors de la chanson judéo-arabe (2010), qui restaure un pan de ce formidable patrimoine de chansons qui, au siècle dernier, ont fait danser de Casablanca à Tunis, jusqu’aux années 50.

Ah là là ! Les débats enflammés auxquels les chansons de Salim Halali donnent lieu sur le net ! Ainsi, à propos de la chanson qui ouvre cet album, “Sidi H’bibi” : sur youtube, les internautes débattent pour savoir si elle est marocaine ou algérienne – car Salim Halali est Algérien, mais cette chanson est marocaine, comme la reconnaissent de nombreux internautes – et même, Salim Halali la chante avec l’accent marocain, reconnaissent certains ! Jusqu’à ce qu’un(e) internaute mette tout le monde d’accord: “juste pour votre info, Salim est un juif et peut chanter dans toutes les langues. Et cette chanson, en l’occurrence, est marocaine juive. Il ne faut pas que vous disputiez; écoutez aussi les chansons de Emile Zrihen et Sami El Maghribi (vrai nom Salmon Amzellag), ce sont ces gens qui ont développé ce style de musique, pas de vrais Marocains”.

Même si on déplore l’expression “pas de vrais Marocains” qui conclut ce commentaire (les “vrais” nationaux étant entendus, depuis les Indépendances au Maghreb, comme les musulmans uniquement… Et cette expression fâcheuse répondant sans doute, parmi ces jeunes internautes, aux expressions “Français d’origine algérienne” ou “Français d’origine immigrée” – c’est-à-dire “pas de vrais Français” – qui désignent ceux qui ne sont pas “Français de souche”…); bref, on l’aura compris – et par le titre du cd aussi: Salim Halali est l’un des représentants de cette chanson judéo-arabe qui faisait chanter tous les cœurs au Maghreb avant les Indépendances et les exils des non-musulmans, chrétiens et juifs mêlés. Chanson judéo-arabe que, par un insolent retournement de l’Histoire, les jeunes générations aujourd’hui revendiquent comme leur héritage commun, transfrontières. Car par la radio, comme aujourd’hui par la télé ou le net, les artistes et leurs chansons étaient présents dans tous les pays de la région…

Des chansons immortelles

Buda Musique continue ainsi, après les volumes consacrés à Blond-Blond, Line Monty ou à Reinette l’Oranaise, à faire revivre ce formidable patrimoine de chansons qui animaient les soirées dansantes, les mariages et toutes les fêtes, de Casablanca à Tunis, jusqu’aux années 50. Le livret, rédigé par Rabah Mezouane, responsable de la programmation musicale à l’Institut du Monde Arabe, raconte toute la saga de cette chanson judéo-arabe, depuis ses origines dans la nouba andalouse jusqu’à l’ère du microsillon. Et pour Salim Halali, le livret nous apprend que “le 2 juillet 2005 disparaissait, dans le triste et glacial anonymat d’une maison de retraite de la région cannoise, l’une – si ce n’est la – des plus belles voix de la chanson maghrébine”…

Mais les chansons, elles, sont immortelles: et de la même manière que Rachid Taha a fait revivre “Ya Rayeh” du regretté Dahmane El Harrachi, l’Orchestre National de Barbès a redonné récemment vie à “Dour biha ya chibani”, et La Mano Negra a repris “Sidi H’bibi”… Une juste réhabilitation donc que cet album, et un bel hommage à un artiste dont la chanson “My yiddish mama”, chantée en arabe sur un accompagnement de violons tsiganes (“Ya ‘Ma, ya nour eeyneyya”…), incluse dans ce cd, aurait fait pleurer Robert Mitchum, qui aurait offert une bague en diamant à l’artiste. Chanson magnifique, et qui continue encore aujourd’hui à faire pleurer des cœurs, et pas seulement au Maghreb, si l’on en juge par les commentaires postés sur youtube en français, en anglais, et dans diverses langues, y compris l’hébreu… On vous met le lien sur youtube pour la version chantée par Aznavour, si vous voulez écouter les paroles de la chanson en français – la chanson a aussi été chantée par Tom Jones, Ivan Rebroff, Rika Zaraï…