Sale temps pour les sorciers

Une sanglante chasse aux sorciers a déjà fait plus de 1 000 morts dans la région d’Aru, dans le nord-est de la RDC, à la frontière ougandaise. Condamnés sur la base de présomptions, les  » envoûteurs « , accusés de semer la mort, sont massacrés sans autre forme de procès. Psychose.

Plus de 1 000 prétendus sorciers lynchés. Comment expliquer les maux qui accablent aujourd’hui le Congo (RDC) ? Tous ces morts, tous ces proches disparus. Suspect. Il y a bien la guerre, mais la guerre n’explique pas tout. Il y a forcément anguille sous roche. Un mot court sur toutes les lèvres : sorcellerie. Mais oui bien sûr, comment ne pas y avoir pensé plus tôt. Sus donc aux sorciers qui massacrent le peuple. Plus de 1 000 pauvres  » malfaisants  » ont ainsi trouvé la mort, déchiquetés par des foules hystériques, dans la région d’Ara, dans le nord-est du Congo, à la frontière ougandaise. Quand la folie meurtrière a perdu toute raison.

La première victime de la longue liste des chasseurs anti-sorciers était un enseignant, sur lequel on avait trouvé une liste de personnes décédées. Pas de doute, celui là commerce avec le Malin. Il faut le faire disparaître. Et la traque sanglante continue, inlassable, impitoyable. Les superstitions et la sorcellerie ont la vie dure au Zaïre, pays d’envoûteurs. Car quand il s’agit de trouver une nécessaire explication à la mort des gens et que les réponses manquent, l’imagination s’enflamme.

Les sorciers d’Aru

La région est normalement sous le contrôle du chef rebelle Jean-Pierre Bemba, qui n’a pas l’air de contrôler grand chose, sinon les revenus miniers, commerciaux et douaniers. Et c’est l’armée ougandaise, alliée de Bemba contre le régime de Kinshasa, qui a entrepris de circonscrire le mal et de mettre fin aux tueries. Ses troupes ont déjà arrêté plus de 70 chasseurs de sorciers, gardés aujourd’hui dans un camp militaire.

Des enfants de cinq ou six ans avaient même été massacrés en tant qu’artisans des forces du Mal… Personne n’est à l’abri de la rumeur ni des machettes aiguisées de cette triste Inquisition. Seuls saluts : la fuite ou la protection de l’armée ougandaise. Deux cents personnes, soupçonnées de sorcellerie, sont venues trouver refuge auprès de leurs voisins, soldats auto-investis en forces de l’ordre, dans un pays qui n’est pas le leur. Mais ils ont le mérite de sauver des innocents, mieux que les Miliciens dépassés de Jean-Pierre Bemba.