Saint Lucia en danger

Depuis mardi dernier, le cargo italien Jolly Rubino, échoué près des côtes sud-africaines, est en proie à un immense incendie. Il transportait dans ses soutes plus de 1 300 tonnes de fioul. La marée noire menace la réserve naturelle de Saint Lucia. Pour éviter la catastrophe écologique, les équipes d’intervention vont tenter de remorquer le navire vers le large. Au risque de le briser en deux.

La réserve naturelle sud-africaine Saint Lucia, classée patrimoine historique par l’Unesco en 1999, est menacée par une marée noire suite au naufrage, mardi dernier, du cargo italien Jolly Rubino. Le navire transportait plus de 1 300 tonnes de fioul dans ses cales. Près de 400 se sont déjà déversées dans les flots. L’incendie qui ravage l’épave depuis près d’une semaine complique les opérations de renflouage. Les autorités ont décidé de tenter le tout pour le tout en choisissant de déplacer le bateau pour l’amener vers le large. Au risque de rompre la coque.

A l’origine du sinistre : un incendie dans la salle des machines. Incapables circonscrire le brasier, les 22 hommes d’équipage sont contraints de quitter le navire qui, parti de Durban, devait rallier Mombassa au Kenya. Ils seront hélitreuillés par les équipes de secours sud-africaines. Sans personne à bord pour tenir la barre, le cargo, devenu le jouet des flots s’échoue à 11 km à peine au sud-est de la réserve de Saint Lucia.

Digues de fortunes

Connue pour les 115 espèces d’oiseaux qu’elle abrite, la réserve est un des hauts lieux sud-africains de l’écotourisme. Pour protéger le précieux sanctuaire animal, ainsi que l’estuaire du fleuve Umfolozi lui aussi menacé par la marée noire, la cellule de crise gouvernementale a déployé une barrière de boudins flottants pour empêcher la nappe de 10 km de long sur 5 de large de souiller le littoral. Mieux encore, ils ont dépêché sur place des bulldozers afin d’ériger des digues pour éviter que les eaux polluées n’entrent dans la mangrove. Pour l’heure, aucun des espaces protégés n’est encore touché.

Mais la situation est des plus précaires car le problème n’est pas réglé pour autant. Le feu continue à faire rage sur le Jolly Rubino et les vagues qui martèlent inlassablement ses flancs tourmentent la solidité de la coque.  » Le navire ne va pas résister les deux semaines qu’il nous faudrait pour maîtriser l’incendie, donc nous allons prendre le risque de le renflouer « , annonçait Nicholas Sloane, le responsable des opérations de sauvetage, dimanche, à Reuters.

Une inaction de toutes façons fatale

 » Que le bateau casse pendant que nous le tirerons ou qu’il se casse en restant ici, ce sera pareil. Les personnes de l’Environnement s’y sont préparé « , explique un membre du Comité de gestion de la catastrophe. Le dilemme est simple : soit laisser inéluctablement le navire se rompre seul sous l’effet de la chaleur et de la houle, soit tenter de le draguer vers le large pour l’éloigner des côtes. Si le cargo se casse, il sombrerait en libérant tout le restant du fioul qu’il transportait. Et la marée noire prendrait une toute autre ampleur.

Les autorités, qui hésitent encore à qualifier le naufrage de désastre national, préfèrent parler  » d’incident majeur « . Mais elles devront peut-être bientôt faire face à un autre type de pollution, plus sournoise et plus terrible encore. Car 70 containers sont passés par-dessus bord au cours du funeste périple du Jolly Rubino. Six d’entre eux contenaient des produits chimiques dangereux dont la nature exacte reste encore inconnue. Un inconnu bien inquiétant qui pourrait se révéler dévastateur.