
Pedro Sanchez a beau se rendre à Alger ce lundi 20 juillet pour une visite officiellement placée sous le signe de l’amitié et de la coopération économique, un dossier continue de peser sur chacun de ses mots et de ses gestes, celui du Sahara occidental. Quatre ans après la rupture diplomatique qu’il a lui-même provoquée, le chef du gouvernement espagnol revient dans une région où ce contentieux reste la ligne de fracture centrale.
En 2022, Pedro Sanchez avait décidé d’apporter le soutien de l’Espagne au plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental. Pour Alger, ce changement de cap est une rupture avec le cadre onusien fondé sur le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui, et une capitulation face aux pressions marocaines, Rabat ayant menacé de relâcher le contrôle des flux migratoires vers l’Europe.
La riposte algérienne avait été immédiate. Alger a suspendu le Traité d’amitié algéro-espagnol et a gelé des échanges commerciaux. Un différend qui a coûté environ 630 millions d’euros pour les premiers mois suivant le gel des flux en 2022. Les exportations espagnoles vers l’Algérie, qui s’élevaient à près de 473 millions d’euros rien que pour le premier trimestre 2022, ont chuté à environ 332 millions d’euros pour toute l’année 2023.
Le gaz, un facteur qui change la donne
Ce qui distingue la visite de 2026 des précédentes tentatives de rapprochement, c’est le poids pris par la question énergétique. L’Algérie est redevenue, au premier semestre 2026, le principal fournisseur de gaz de l’Espagne, une position qu’elle avait perdue durant la crise.
« Il est fondamental de renforcer le dialogue politique entre l’Espagne et l’Algérie » et de « construire un partenariat économique mutuellement bénéfique », a déclaré Pedro Sanchez lors de sa visite à Alger ce lundi 20 juillet 2026. Le Premier ministre espagnol a également rappelé que depuis début 2026, l’Algérie avait été le « premier fournisseur de gaz naturel » de l’Espagne, reliée à l’Algérie par un gazoduc appelé MedGaz.
Cette dépendance de Madrid vis-à-vis d’Alger, dans un contexte de tensions énergétiques internationales, confère à l’Algérie un levier de négociation qu’elle n’avait pas nécessairement en 2022, et qui explique en partie pourquoi Madrid s’efforce de préserver la relation bilatérale sans pour autant revenir sur son positionnement concernant le Sahara occidental.
Un dégel qui n’efface pas le contentieux de fond
Le réchauffement amorcé depuis 2023, puis accéléré cette année par la visite du ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares et la réactivation du Traité d’amitié, n’a pas fait disparaître le désaccord de fond entre Alger et Madrid sur le statut du Sahara occidental. La visite de Sanchez ce lundi, aussi symbolique et économiquement chargée soit-elle, ne change rien à la position officielle espagnole de soutien au plan d’autonomie marocain.
C’est cette ambiguïté qui rend l’exercice diplomatique délicat. En effet, Madrid cherche à consolider une relation énergétique avec l’Algérie, tout en maintenant son alignement politique sur le Maroc concernant le statut du territoire. Un numéro d’équilibriste que l’on pourrait résumer comme une partie d’échecs diplomatique, où chaque geste envers l’une des deux capitales maghrébines est aussitôt pesé par l’autre.
Un texte de loi qui rallume la question sahraouie
Le dossier n’est pas seulement diplomatique, il est aussi législatif. Le Parlement espagnol doit examiner à la rentrée un projet de loi permettant l’attribution de la nationalité espagnole, par lettre de naturalisation, aux personnes nées au Sahara occidental avant le 11 août 1977, date qui marque, dans le texte, la fin de la période coloniale espagnole sur ce territoire.
Ce texte est suivi de très près par Alger, qui y voit une forme de reconnaissance implicite du lien historique entre l’Espagne et la population sahraouie. Il est en revanche perçu de manière beaucoup plus critique du côté marocain, où l’on redoute qu’il ne vienne rouvrir, sur le plan juridique, une question que Rabat considère comme définitivement tranchée en sa faveur par le soutien de plusieurs capitales européennes.
Le dossier saharien reste la variable la plus instable de la relation triangulaire entre l’Algérie, le Maroc et l’Espagne. Une évolution du rapport de forces à l’ONU sur le Sahara occidental, ou une nouvelle initiative diplomatique de l’un des acteurs régionaux pourrait à tout moment rebattre les cartes.
Dès lors, la visite de Pedro Sánchez à Alger, aussi réussie soit-elle sur le plan économique, ne referme pas ce chapitre. Elle en ouvre simplement un nouveau, sur un équilibre toujours aussi précaire.
Le Sahara occidental est un territoire de 266 000 km² du nord-ouest de l’Afrique, bordé par la province marocaine de Tarfaya au nord, l’Algérie au nord-est, la Mauritanie à l’est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l’Atlantique. C’est une région au statut politique contesté, considérée comme un territoire non autonome par l’ONU.




