Sahara occidental : dans la routine des négociations new-yorkaises

Les négociateurs marocains et sahraouis, arrivés à reculons à New York, pour négocier le statut du Sahara occidental, sont repartis sans avoir rien lâché. Rien n’y fait : ni les relations diplomatiques maghrébines, usées par un conflit vieux de 32 ans, ni les milliards dépensés par Rabat pour se maintenir dans ce qu’il considère comme le Sahara marocain.

La seule proposition concrète sortie du quatrième round de négociations entre Rabat et le front Polisario, tenu à Manhasset, en banlieue de New York, du 16 au 18 mars, semble concerner « un accord entre les parties pour explorer l’instauration de visites familiales par voie terrestre ». Celles-ci « viendraient s’ajouter au programme existant par voie aérienne », a indiqué mardi après-midi Peter van Walsum. L’Envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental évoque les mesures de rétablissement de la confiance entre les deux parties mises en place en 2004 par le HCR et la Minurso, la force de l’ONU dans la région.

Celles-ci concernent des services téléphoniques ou encore des programmes de visites familiales de cinq jours, en avion, entre les camps de réfugiés de Tindouf, en Algérie, et le Sahara Occidental, administré par Rabat. Plus de 4 200 personnes, essentiellement des femmes, ont déjà pris part à ce programme, qui leur a permis de retrouver leur famille pendant cinq jours, et 14 726 autres sont inscrites sur une liste d’attente. Mais le HCR a déjà prévenu qu’il pourrait bientôt devoir y mettre fin par manque de moyens financiers.

Quoiqu’il en soit, ces mesures, toutes aussi importantes soient-elles pour des familles parfois séparées depuis 32 ans, ne font que symboliser le statu quo dans le conflit du Sahara occidental. Le communiqué de l’ONU a beau indiqué que « des sujets thématiques comme l’administration, la justice et les ressources ont également été abordés », les pourparlers de New York sonnent comme un énième échec. Même si négociateurs (Rabat, Polisario) et observateurs (Algérie et Mauritanie) ont déjà prévu de se revoir.

La pression de l’argent ?

Le front Polisario, soutenu par Alger, réclame un référendum d’autodétermination tel que prévu par l’ONU – le sigle Minurso signifie « Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental. Mais le Maroc, qui administre de fait la région et se trouve en position d’offrir, « n’accepte que l’autonomie et rien d’autre que l’autonomie » sous l’autorité de Rabat, a répété son ministre de l’Intérieur, Chakib Benmoussa, cité par l’agence marocaine de presse. Les deux parties étaient allées à reculons à New York, alors que le Polisario avait de nouveau menacé de reprendre les armes, en février dernier, pour briser un cessez-le-feu signé en 1991.

La question du Sahara occidental, « sacrée » au Maroc, a été désacralisée voilà une semaine lorsqu’un économiste, Fouad Abdelmoumni, par ailleurs membre de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), a fait une sortie remarquée sur le quotidien espagnol El Pais, puis sur le journal français Le Monde, en évaluant le coût de la présence marocaine dans le « territoire non autonome du Sahara occidental ». Selon ses estimations, Rabat investirait 1 milliard de dollars par an, soit 2 % du PIB du royaume, pour financer les centaines de milliers (entre 200 et 360 000) de soldats qui l’occupent.

Ce à quoi s’ajoutent des dépenses civiles concernant notamment les subventions accordées à la région, la création de postes dans la fonction publique ou les facilités fiscales… qui s’élèveraient à environ 750 millions de dollars. Ce qui n’est encore rien comparé aux milliards perdus en raison des mauvaises relations diplomatiques entre Alger et son voisin occidental. Pas certain pourtant que le royaume chérifien ou que l’Algérie n’en tiennent compte dans un avenir proche. Pas plus que la communauté internationale, dont la présence, à travers la Minurso, coûte également des milliards de dollars chaque année.