Sagesses et passions de Fès

 
Leyla et Majnûn

La 17e édition du Festival des Musiques Sacrées du Monde se déroule du 3 au 12 juin à Fès, au Maroc. Au programme (éclectique) : des expositions, des films, des débats, et surtout de la musique, allant des chants soufis à la star Ben Harper en passant par l’icône Youssou Ndour ou le slameur Abd El Malik. Reportage.

Sur le thème des Sagesses du monde, le Festival des Musiques Sacrées du Monde s’ouvre, le soir du 3 juin, sur l’histoire d’une folie : celle de Majnûn, jeune homme épris d’un amour absolu. Mise en musique par le compositeur Armand Amar, Leyla et Majnûn, célèbre légende de la culture musulmane, est interprétée en arabe, en hindi, en mongol, en persan et en ourdou par des chanteurs et musiciens venus des quatre coins du monde. Doudouk, ney, oud, kamanché et percussions variées se mêlent à la trompette, au piano, aux flûtes, aux violons et violoncelles pour une ode à l’amour mystique et à la quête infinie de la beauté. Leyla et Majnûn se joue dans le décor féerique de Bab Makina, une porte située entre l’ancienne médina et la ville nouvelle de Fès, encadrée de tours crénelées et ornée d’arcades et de zelliges d’où émane toute la majesté de l’architecture arabe. Le charme du lieu, allié à la musique, contribue largement à rendre la dimension à la fois magique, tragique et grandiose de l’histoire qui nous est contée.

« Quelles sagesses pour notre temps ? »

Retour à la raison dès le samedi 4 juin grâce au débat Quelles sagesses pour notre temps ?, avec le philosophe alter-mondialiste Patrick Viveret, l’écrivaine et traductrice Leili Anmar, la juriste Assia Bensalah Alaoui, le photographe Yann Arthus-Bertrand, les cinéastes Radu Mihalenau et Costa Gavras, et l’infatigable Edgar Morin, une jolie tablée dont on pourra cependant regretter qu’elle ne comporte pas plus d’intervenants issus du monde arabe.
A l’ombre de l’impressionnant chêne vert du Musée Batha, aux branches gigantesques, les invités devisent sur le nécessaire équilibre entre raison et folie, sur la frivolité de l’époque et son intoxication consumériste, sur la capacité à concevoir la complexité de l’autre comme condition de la sagesse, et enfin sur notre rapport au temps, de plus en plus dégradé et pourtant seul capable de transformer le savoir en sagesse plutôt qu’en simple information. Les propos se veulent optimistes, à l’image des intervenants de cette table ronde, comme en témoigne cette conclusion de Yann Arthus-Bertrand : « Il faut aimer l’époque dans laquelle on vit. »

Fès, une ville à découvrir

Le Festival est aussi l’occasion de découvrir la ville de Fès et de se perdre dans le labyrinthe de sa médina, la plus vieille et la plus vaste du monde, désormais sous la protection de l’UNESCO et néanmoins incroyablement vivante et riche de quelques 156 000 habitants. Remarquable par son architecture du XIIe siècle et son histoire glorieuse, Fès se laisse parcourir au gré des événements du Festival disséminés dans ses différents quartiers : Fès el-Jedid, la cité administrative édifiée au XIIIe siècle par les Mérinides, Fès-el-Bali, la vieille ville, et Dar Dbibegh, la ville nouvelle.
Après quelques promenades entre les murs couverts de mosaïques et quelques marchandages animés dans les ruelles commerçantes, le public (essentiellement européen pour les concerts payants, leur prix s’avérant prohibitif pour un salaire marocain moyen) devrait apprécier cette année les performances des pointures Ben Harper, Youssou Ndour, Abd El Malik, Maria Bethânia, Doudou Ndiaye Rose, des grandes voix des musiques traditionnelles telles qu’Elena Ledda (Sardaigne), Julia Boutros (Liban) ou Kazem El Saher (Irak), des vedettes locales ou des nombreuses confréries soufies venues se produire à ce Festival. Outre la musique et les débats sur fond de printemps arabe, la programmation comprend également des projections de films (Yann Arthus-Bertand, Nabile Ayouche, Nacer Khémir) et des expositions d’artistes du Maroc et d’ailleurs (en particulier l’exposition collective La sagesse des proverbes, visible au Musée Batha, à laquelle ont contribué 22 plasticiens à partir d’un travail sur les proverbes marocains en darija et en berbère).

 Le site du Festival des Musiques Sacrées du Monde