Saddam, je t’aime

Depuis deux ans, Shaaban Abdel Rahim explose les charts égyptiens. Son nouveau tube,  » Saddam, je t’aime « , se vend par millions d’exemplaires dans tout le monde arabe. Obèse, vulgaire selon certains, il est devenu le plus populaire des chanteurs d’Afrique du Nord depuis son premier opus  » Je déteste Israël « . Gros plan sur une star qui ne fait pas dans la finesse.

On se l’arrache ! Des millions d’exemplaires déjà vendus au Caire et un succès explosif dans tout le monde arabe. Après son carton monumental il y a deux ans avec  » Bakrah Israel  » ( » Je déteste Israël « ), Shaaban Abdel Rahim récidive et caracole plus que jamais en tête des charts. Son nouvel opus :  » Saddam, je t’aime ». Le triomphe est tel que plus personne n’ose critiquer la nouvelle star. Les télévisions font la queue devant sa maison de production, on se bat pour ses interviews. Il n’en revient pas lui-même.

Moche, obèse et populaire

 » Je ne sais pas chanter. Et regardez-moi : je suis moche, vraiment très moche. Mais pour je ne sais quelle raison, les gens m’adorent et veulent me donner leur argent pour mes chansons. Qui serais-je pour refuser ?!  » assume Abdel Rahim. Opportuniste ? Peut-être, mais la nouvelle star est avant tout l’idole incontestée des classes populaires. Cet ancien forgeron des banlieues pauvres du Caire n’avait vraiment rien pour réussir, et c’est peut-être ce qui a plu.  » Y’en a qui disent que je suis vulgaire. Mais je m’en fous, tout le monde parle de moi et achète mes disques « , ajoute laconiquement le chanteur.

Même l’élite cairote a fini par se rallier à sa cause. L’hebdomadaire culturel Akhbar Al Adad relevait récemment que l’on assistait, à travers le succès d’Abdel Rahim,  » à l’émergence d’une culture de masse jusque-là insoupçonnée, la culture des couches les plus basses de la population, c’est à dire de millions d’Egyptiens « . Bref, avec ses messages simples, pour ne pas dire simplistes, et pour le moins engagés, Abdel Rahim fait l’unanimité. Sa musique hyper rythmée fait vibrer les foules et ses concerts sont de véritables moments de délire.

Tout dans la finesse

Pourtant, le gros chanteur aux cheveux luisants n’y va pas de main-morte. Déjà, son premier tube,  » Je voudrais mourir en martyr. Je déteste Israël et j’adore Amr Moussa  » (le président de la Ligue arabe, ancien ministre égyptien des Affaires étrangères), sorti au moment de la deuxième Intifada, ne faisait pas spécialement dans la nuance. Son nouvel opus est sur le même modèle :  » Ne frappez pas l’Irak. Allez plutôt inspecter Israël, il y a plein d’armes de destruction massives là-bas « . Effet immédiat : cassettes et CD, achetés ou piratés, ne restent pas longtemps dans les bacs. Ce qui n’empêche pas la star d’accepter tout ce qui peut lui rapporter de l’argent… Même lorsque cela vient d’une firme américaine comme Mac Donald, pour qui il n’a pas hésité à réaliser le jingle des publicités ventant le Mac Falafel sandwich.

Bin bin bin bin bin Laden

Question : mais que fait la censure égyptienne, d’ordinaire si prompte à se jeter sur le moindre propos un peu trop politique tenu en dehors des sphères autorisées du pouvoir ? Réponse : rien. Selon de vagues rumeurs, Shaaban Abdel Rahim se serait peut-être fait censuré un titre avant parution. Une chanson dont le refrain n’aurait rien eu à envier à la finesse de ses autres succès, une boucle reprenant avec des choeurs ces très simples paroles :  » Bin bin bin bin bin bin Laden « . Démenti absolu de l’auteur-interprète :  » Je ne soutiens pas les terroristes. Je n’ai jamais écrit cette chanson.  » Par contre,  » Je t’aime, je me prosterne devant toi, Saddam « , ça, c’est de lui.