Saddam Hussein : la pendaison contagieuse

La presse marocaine a révélé, jeudi, qu’un petit garçon de 11 ans a été retrouvé pendu, chez lui, dans la ville de Khemisset. Depuis la pendaison de Saddam Hussein, le 30 décembre dernier, une dizaine d’enfants, en Afrique du nord et dans le reste du monde, voulant imiter l’exécution de l’ancien président irakien, se sont donnés la mort. La violence des images diffusées par la télévision et internet est mise en accusation.

En revenant du travail, un père a retrouvé son petit garçon de 11 ans mort, pendu au plafond, à Khemisset, une ville située à 80 km de Rabat, la capitale du Maroc. L’information a été publiée, jeudi, par le journal Al Ahdat al-Magrhebia. L’enfant, qui s’amusait avec sa petite sœur, avait voulu imiter la pendaison de Saddam Hussein, l’ancien président irakien. Se retrouvant seul après le départ de sa sœur pour l’école, il en a profité pour poursuivre son jeu jusqu’à cette fin tragique.

Les autorités marocaines ont ouvert une enquête pour faire toute la lumière sur le décès. Mais l’on peut d’ors et déjà s’interroger sur les raisons qui poussent tant d’enfants à reproduire les derniers moments du raïs. En effet, depuis le 30 décembre, au moins une dizaine de petits garçons se sont donnés la mort par pendaison à travers le monde, après avoir vu les images de l’exécution de Saddam Hussein ou entendu leurs parents en parler.

Au Maroc, dans la ville de Casablanca, la mort par pendaison d’un adolescent de 15 ans, la semaine dernière, a été attribuée à ce désir subit et contagieux de « faire comme Saddam ». Auparavant, dans le village algérien de Oued Rihou, un garçon de 12 ans avait été pendu par ses camarades au cours d’un jeu de rôle. Le premier enfant à s’être donné la mort était un Saoudien de 12 ans. Il s’était pendu à la porte du domicile familial à l’aide d’un fil métallique. Au Yémen voisin, deux adolescents ont connu le même sort. Ils étaient deux en Azerbaïdjan et un au Pakistan à leur emboîter le pas.

La télévision publique Iraqia avait diffusé, dès le 30 décembre, une première séquence montrant les derniers instants de Saddam. Le lendemain, une vidéo pirate complète avait été diffusée sur internet, dont des extraits avaient été repris par les télévisions du monde entier.

La responsabilité n’incombe pas aux seuls médias

Pour nombre de familles touchées par la disparition d’un enfant et certains experts, les médias sont les responsables. Ils n’auraient pas dû diffuser les images. Selon Hisham Ramy, professeur de psychiatrie à l’université Ain Shams du Caire, les vidéos violentes peuvent affecter gravement les enfants qui ne saisissent pas encore clairement ce que sont la mort et les conséquences de la violence : « Ils voient comment c’est fait mais ne pensent pas que ce soit horrible et sont davantage (que les adultes) susceptibles d’imiter », a-t-il expliqué à AP.

De l’avis du sociologue marocain Youssef Sadik, interrogé par Reuters, les parents devraient éloigner les enfants des images trop violentes : « Qu’ont à voir les enfants dans ce genre de choses ? Ils devraient plutôt jouer, peindre ou lire. » Il estime également que « c’est une caractéristique du monde musulman que d’avoir une société ultra politisée. Tout le monde est branché sur Al-Jazeera, discute de politique, des événements de Palestine et d’Irak. » De son point de vue, le calme et la dignité avec lesquels Saddam Hussein a fait face aux insultes de ses bourreaux et à sa mise à mort a conduit un grand nombre de musulmans à oublier son passé et à voir en lui un héros. Un jugement qui, selon lui, a influencé les plus jeunes car « les enfants, au Maroc, sont très tôt mis sous pression, et ils essaient d’être des héros là où les autres ont échoué avant eux. »

Mais la contagion n’a pas touché que les terres d’Islam. Aux Etats-Unis, dans le Texas, un garçon de 10 ans, chrétien, s’est également donné la mort en voulant imiter l’exécution de Saddam Hussein, après en avoir visionné les images. Il s’est pendu à son lit superposé. La preuve que, pour expliquer le geste des enfants, la confession musulmane n’est pas une condition indispensable. Certains spécialistes considèrent qu’il faudrait aussi relativiser la force d’impact des images de l’exécution sur les plus jeunes. Pour Jasem Hajia, pédopsychologue à Koweit City interrogé par AP, il faut éviter la tentation de tout mettre sur le compte des enregistrements diffusés par la télévision et internet : « c’est extrême. Je pense que ces enfants souffraient déjà de désordres psychologiques. » Nul n’a vérifié si tous les imitateurs de Saddam étaient victimes de troubles mentaux. Et nombre de parents espèrent que cette épidémie de pendaison ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir.