Rwanda, xénophilie post-génocide

Machettes et génocide. Kigali a mauvaise image. A juste titre. Pourtant, le Rwanda change. Il se retire de la République du Congo et instaure le vote des étrangers lors des scrutins locaux. Rwanda xénophile, Rwanda libéré des fantasmes ethniques. Les étrangers comme ciment de cohésion nationale. Les candidats à la mairie de Paris ont été bien silencieux sur ce sujet. Le candidat Mitterrand avait inclus le vote des étrangers dans ses 110 propositions. Le président Mitterrand l’a ensuite enterré. Les Français n’étaient pas, ne sont pas prêts. Les Rwandais, si.

Il faut, peut-être, penser à importer ce modèle en Côte-d’Ivoire. Enterrer les démons de l’ivoirité, désamorcer le détonateur de la guerre civile. L’étranger, ce voisin mal-aimé. Le pays de Paul Kagamé est loin d’être une vitrine de la démocratie. Il se donne, cependant, les moyens pour parer tout retour à la haine raciale. Kigali organise ses premières élections post-génocide. Elle panse ses blessures. Etranger-cataplasme. Nombreux sont les pays africains qui maltraitent leurs étrangers, ces clandestins accusés de tous les maux. Rares, très rares, sont les pays africains qui respectent leurs voisins installés chez eux. Haine de l’autre, mépris de soi.

Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, n’a pas tout à fait tort quand il remarque que les Africains ne s’aiment pas. Complexe du colonisé. Ils ne s’aiment pas parce qu’ils se voient avec les yeux de l’Occident. Ils ne s’aiment pas parce que le voisin leur ressemble trop. Voisin-miroir.

A moins de courir derrière les sondages, les hommes politiques sont censés être l’avant-garde de leurs nations. On disait que les Français n’étaient pas prêts pour l’abolition de la peine de mort. Heureusement que Robert Badinter a cru en son combat. Il est temps que les Chefs d’Etats africains fassent confiance à leurs peuples. Les Africains, en respectant leurs voisins, ne s’aimeraient que mieux.