Rwanda : treize ans après le génocide, la justice trouve lentement son chemin

Génocide : « crimes commis avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». C’est le crime le plus grave reconnu par le droit international. Treize années sont passées depuis le dernier génocide du XXe siècle, au Rwanda. Les procès, instruits par les justices locales et internationales, sont toujours en cours.

L’ancien président Pasteur Bizimungu, incarcéré depuis 2002 a été libéré de prison, à la suite d’une grâce présidentielle surprise. Il avait été
condamné à quinze ans de prison ferme pour avoir constitué des milices et détourné des fonds. Un an plus tôt, il avait adressé une correspondance au président de la république, Paul Kagamé. Dans cette lettre, il demandait à être libéré pour des raisons de santé. Il n’y a pour l’heure aucune réaction
des autorités de Kigali. Pasteur Bizimungu, qui est de l’ethnie hutu, avait
dirigé le Rwanda après le génocide de 1994. Premier président du Rwanda
après le génocide, il avait démissionné en mars 2000 à la suite de querelles
avec le président du Front patriotique Rwandais, actuel chef de l’état Paul
Kagamé. il est libéré après avoir passé deux ans dans les geôles rwandaises.
Selon des sources concordantes, cette amnistie ferait partie d’un vaste
processus de reconstruction et de réconciliation du pays.

« Un homme de nationalité rwandaise résidant en Finlande et soupçonné
d’actes génocidaires au Rwanda au printemps 1994 a été arrêté » a communiqué
ce jeudi 5 avril la police finlandaise. L’audition est en cours, il sera interrogé lors de ce week-end pascal par les autorités finlandaises en vue de
faire la lumière sur son rôle dans le sombre conflit ethnique de 1994, il y a
treize ans. Son arrestation découle d’une coopération accrue entre les
autorités policières et judiciaires de Finlande et du Rwanda appuyé par le
Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Présomption d’innocence
oblige, l’identité de l’inculpé ne peut être dévoilé pour le moment. La
Finlande a souvent été fustigée par les associations de défense des droits
de l’homme pour sa souplesse à l’égard des génocidaires présumés. L’homme
qui est actuellement entre les mains de la police finlandaise serait arrivé
en 2003 en tant que demandeur d’asile. Il y sera vraisemblablement jugé vu
l’absence de traité d’extradition entre le pays nordique et le Rwanda.

Le principe de compétence universelle

En début de semaine, le Canada a mis en application pour la première fois le
principe de « compétence universelle » de la loi canadienne. Désiré
Munyaneza, autrefois riche homme d’affaires au Rwanda a été poursuivi sous
sept chefs d’accusation dont deux pour génocide. Réfugié au Canada depuis
1997, où il a demandé le statut de réfugié, il est l’objet d’une enquête de
la garde royale canadienne depuis sept ans pour son rôle supposé dans le
génocide rwandais. « Nous n’allons pas confier à quelqu’un d’autre la
responsabilité de poursuivre et de condamner les criminels étrangers. Nous
allons le faire nous-mêmes », a déclaré Nicole La Violette, experte en loi
criminelle internationale. Convaincue que le Canada a le droit mais aussi le
devoir de poursuivre les instigateurs de telles exactions. Le procès
montréalais devrait durer au moins six mois et inclure le témoigne capital
du sénateur Roméo Dallaire qui dirigeait en tant que général la mission de
maintien de la paix des nations unies au Rwanda en 1994.

le TPIR créé dès novembre 1994, afin de juger les responsables du génocide
dont la plupart ont émigré, est censé terminer ses travaux dans les années
qui viennent. Près de 75 causes y ont été entendues et 21 jugées. De manière
concomitante, la justice rwandaise a jugé environ 8000 personnes. Il reste
plus de 50 000 détenus dans les prisons surpeuplées du Rwanda, dont 80 %
sont accusés de génocide. Ils sont passibles de la peine de mort dans leurs
pays, alors que ceux jugé sous l’égide de l’ONU encourent la prison à
perpétuité.