Rwanda : le directeur de la radio chrétienne porté disparu

Le directeur de la radio « Amazing Grace », Cassien Ntamuhanga, a disparu lundi après une cérémonie de commémoration du génocide de 1994. Mercredi, Reporters Sans Frontières s’est dit « très préoccupé » par cette disparition.

A-t-on voulu le faire taire ? Le directeur de la radio confessionnelle rwandaise Amazing Grace, basée à Kigali, a disparu lundi après les commémorations du génocide Tutsi de 1994, d’après Reporters Sans Frontières (RSF). Depuis, sa famille est sans nouvelle de lui.
« Nous sommes extrêmement préoccupés par cette disparition inexpliquée du journaliste Cassien Ntamuhanga. Sans faire de procès d’intention au régime du Président Kagame, le pays a malheureusement un sombre historique récent de disparitions mystérieuses de journalistes et d’opposants, leurs corps sans vie et leurs véhicules étant retrouvés quelques temps après », a déclaré mercredi Cléa Kahn-Sriber, responsable du bureau Afrique de RSF.

Ces dernières semaines, Cassien Ntamuhanga aurait été entendu à plusieurs reprises par des hommes du renseignement militaire qui cherchaient des informations sur l’un de ses anciens collègues, selon RSF. Le propriétaire de la radio Amazing Grace, le pasteur américain Gregory Schoof, a toutefois indiqué à l’AFP que les émissions de la radio étaient surtout d’ordre religieux, et que les informations générales qu’elle relaye ne sont généralement pas sujet à controverse. « Il ne couvrait rien de spécial le mettant en danger », a estimé le pasteur, soulignant par ailleurs que « les gens aiment beaucoup » Cassien Ntamuhanga qui est assez célèbre au Rwanda.

Lundi, c’est alors qu’il rentrait chez lui que le jeune directeur de la radio a disparu. Son frère indique l’avoir eu au téléphone aux alentours de 19h30 : « Il venait de quitter le stade Amahoro, après la cérémonie ». Depuis, les appels vers son téléphone restent muets.

La voiture du directeur ramenée devant les locaux de la radio

Une piste serait actuellement étudiée par les enquêteurs. Dans la nuit de lundi à mardi, des gardes de la radio auraient vu un individu garer la voiture de Cassien Ntamuhanga près des locaux, avant de quitter précipitamment les lieux à bord d’une moto. « Le fait que la voiture ait été ramenée devant les locaux peut laisser supposer que le journaliste est toujours en vie et détenu. Nous appelons la police rwandaise à intensifier ses recherches et le gouvernement de Kigali à tout mettre en œuvre pour aider à retrouver ce journaliste en bonne santé et au plus vite », a déclaré la responsable de RSF à l’AFP.

En mars, RSF avait déjà condamné le régime de Kigali pour « des pressions et actes d’intimidation intolérables » opérés envers des journalistes. Des manœuvres qui auraient pour but « d’étouffer la liberté de l’information et d’occulter tout reportage indépendant sur le pays ».

Le Rwanda occupe actuellement la 162e place (sur 180) du classement mondial de la liberté de la presse en 2014, selon le classement établit par RSF.