Royal ou Sarkozy : « Que peut espérer l’Afrique ?»

La presse panafricaine francophone a suivi la campagne présidentielle française avec attention. Après le premier tour, certains médias s’interrogent sur la politique africaine qui sera menée par le nouveau président et réclament une rupture avec les pratiques du passé. Que ce soit avec Nicolas Sarkozy ou Ségolène Royal.

Le quotidien sénégalais Le Soleil souhaite une rupture avec les pratiques du passé dans les relations françafricaines

« Quelle orientation, le ou la futur(e) locataire du palais de l’Elysée et son gouvernement donneront-ils à la politique africaine de la France ? Les Africains, intéressés par la présidentielle hexagonale, s’interrogent. Une interrogation d’autant plus fondée que depuis nos indépendances, les hommes, à la tête de l’Etat français, ont suivi des politiques quasi-identiques qui n’ont pas satisfait un continent-partenaire dont les fils ne cessent, aujourd’hui, de dénoncer la nature de leurs rapports actuels avec le pays des descendants de Gaulois. Les nouvelles générations africaines estiment que la France a le devoir d’aider le continent pour son développement. Une exigence établie sur les sacrifices consentis pas les Africains, en Europe, en Indochine et ailleurs, pour la liberté de la France, la construction et l’entretien de ses infrastructures (…) À Dakar, Abidjan, Yaoundé, Bamako, Alger et Rabat, les propos de ces deux candidats sont lucidement disséqués par des populations désireuses, aujourd’hui, de revoir leurs relations avec la France. Que Nicolas Sarkozy sorte des urnes ou que Ségolène Royal passe au deuxième tour, le 06 mai prochain, pour présider aux destinées de la France, c’est, aux yeux des Africains, la fin d’une époque. L’un ou l’autre va découvrir l’Afrique. Et l’Afrique va le découvrir (…) Élu, le nouveau président français est invité à prendre ses distances par rapport à la méthode que Jacques Chirac et ses prédécesseurs ont jusqu’ici imprimée à leurs relations avec le continent. »

L’Intelligent d’Abidjan : « Que peuvent espérer l’Afrique et la Côte d’Ivoire, de la victoire de Sarkozy ? »

« Que peuvent espérer l’Afrique et la Côte d’Ivoire de la victoire de Sarkozy ? Rien peut-on dire a priori. Sinon que l’élu du 6 mai prochain tienne les engagements qu’il a pris durant la campagne et soit durant son mandat un défenseur de la démocratie, de l’Etat de droit et de la bonne gouvernance dans nos pays. L’image de la France n’est pas digne lorsqu’au nom de ses intérêts, elle foule aux pieds à l’étranger les valeurs qui la fondent : liberté, égalité, fraternité. L’Afrique en principe ne doit rien attendre de la France, car les dirigeants doivent d’abord compter sur eux-mêmes, mais les engagements du candidat Sarkozy, doivent permettre un nouvel ordre et insérer la France dans sa vraie vocation. Quid maintenant de la Côte d’Ivoire. Quelques uns peuvent être inquiets de la victoire de cet ami de Ouattara, peu pro-Gbagbo et pas trop partisan du maintien de la Licorne. Mais pour une Côte d’Ivoire qui sort d’une guerre, liée entre autre au contrôle du pouvoir politique, et aux ambitions des fils d’immigrés en pleine crise identitaire, la victoire de Sarkozy montre bien qu’il n’y a pas de voie de salut, que par le compromis et la conciliation entre les populations. L’amour pour la France, comme l’identité ivoirienne, ou la nationalité, ne réside pas dans le nom, dans le sang, mais dans le comportement, les actes et les pratiques. Avec la victoire possible de Sarkozy, la France confirme le rejet de tous les extrémistes et montre qu’elle a intégré Sarkozy. »

Aujourd’hui le Maroc met le candidat de l’UMP en garde contre le « Tout sauf Sarkozy »

« Le 6 mai prochain, la facilité prévisionnelle voudrait que Sarkozy approfondisse son sillon vers le Palais de l’Elysée. L’art de la politique et de ses alliances naturelles pourrait en décider autrement. Durant ces deux semaines décisives qui nous séparent du second tour, Ségolène Royal pourrait bénéficier d’une vague dont il est difficile maintenant d’en mesurer la violence ni d’en déterminer les ressorts, c’est la vague du « Tout sauf Sarkozy ». Une vague d’abord nourrie par des chiraquiens à l’amertume contenue, des militants de l’extrême droite à la haine vengeresse, des fidèles de François Bayrou qui veulent se libérer de la tutelle trop étouffante et méprisante de l’UMP, d’une extrême gauche mobilisée plus que jamais pour battre la droite… Le tout sur fond d’un taux de participation record et d’une implication des jeunes sans commune mesure… Autant de conjugaisons objectives d’intérêts qui peuvent fournir à Ségolène Royal un inestimable soutien pour rattraper son retard du premier tour. »

Le quotidien camerounais Mutations constate au contraire l’inefficacité du mot d’ordre « Tout sauf Sarkozy »

« Nicolas Sarkozy arrive logiquement en tête avec 30.5 %, même si ce résultat a pu surprendre quelques-uns qui ont noté, sur la dernière semaine de la campagne électorale avant le premier tour, des sorties peu contrôlées sur sa personnes dans certains grands médias, notamment le quotidien Libération ou l’hebdomadaire Mariane, le présentant comme  » un personnage colérique, agité, imprévisible, brutal, hargneux, n’hésitant pas à insulter collaborateurs et adversaires, allant même jusqu’à menacer d’en venir aux mains.  » Sa dernière victime aura été Azouz Begag, ministre délégué à l’égalité des chances du gouvernement De Villepin, qui a dû se désolidariser de l’Ump et quitter le gouvernement pour rejoindre François Bayrou, écrivant tout un livre où il accusait le candidat Sarkozy d’avoir menacé de le bastonner. »

Pour El Watan, « la présidentielle française semble être aussi une affaire algérienne »

« Si près de 4 millions de personnes établies dans l’Hexagone se sentent directement concernées du fait de leur statut d’immigré ou d’électeur, la présidentielle française semble être aussi une affaire algérienne. Souvenons-nous qu’un certain 10 mai 1981, qui avait porté le socialiste François Mitterrand à la magistrature suprême, les Algériens n’avaient pas manqué de « fêter » en grande pompe la victoire de la gauche. Sous le parti unique, le FLN (Front de libération nationale), l’Algérie socialiste et tiers-mondiste de l’époque s’était même payée le luxe d’étaler publiquement ses sentiments envers le nouveau locataire de l’Elysée. François Mitterand, le ministre de l’Intérieur, qui avait déclaré le 1er novembre 1954 que l’Algérie ne quitterait jamais la mère patrie et que les « attentats » de la veille étaient l’œuvre de « quelques bandits », était perçu différemment. Il ne s’agissait plus d’un ministre « colonialiste », mais d’un chef d’Etat de la Ve République. Le choix d’Alger sur François Mitterrand était dicté par les similitudes et les convergences de vue sur le programme de celui qui a créé la SFIO (ancêtre du Parti socialiste). Vingt-six ans plus tard, les Algériens se donnent encore la peine de s’« ingérer » dans la présidentielle française. »