Rost : « Une belle arme appelée micro »

Rost, rappeur devenu slameur, sort son troisième album solo, Poésie d’un résistant, en acoustique. Quinze titres pour s’imprégner des textes souvent engagés de ce Togolais qui vit en France depuis ses 10 ans.

Rost « déclame l’infâme de ce monde » en « slalomant entre hip-hop et slam », annonce-t-il dans le premier titre de Poésie d’un résistant. Le togolais que l’on a pris l’habitude de voir sur les plateaux de télévision pour dénoncer les conditions de vie des sans-abris ou décrire les quartiers populaires reste dans ses thèmes de prédilection. Accompagné d’une guitare dans « Paris s’éveille », d’un piano, un violon et une contrebasse dans « Ecrire pour », l’album mêle des musiques diverses : classique, jazz, et même un refrain qui s’inspire du « Milord » d’Edith Piaf… De son adolescence à Belleville à l’enfer de la guerre, en passant par la beauté d’une femme ou d’un enfant qui rit, Rost nous fait passer par toutes les émotions. Et de la région parisienne à Jérusalem ou au continent africain, c’est aussi tout un monde qu’il évoque.

Afrik.com : Pourquoi ce titre, Poésie d’un résistant ?

Rost :
C’était le titre le plus représentatif de l’album, qui contient des morceaux de poésie pure, d’autres engagés, d’autres plus humoristiques… Et puis beaucoup de gens me nomment « résistant », parce que je milite beaucoup. Je suis un homme de convictions, je me bats pour les choses auxquelles je crois. Aujourd’hui, avec l’oppression permanente des argentiers et des hommes politiques qui nous gouvernent, on doit tous être résistants. On est en train de perdre tous nos acquis sociaux et humains, cet égoïsme me dérange. Je souhaite remettre l’humain au centre du débat.

Afrik.com : Votre nouvel album solo s’est fait attendre…

Rost :
Mon dernier album, J’accuse, remonte à la fin 2006. Entre temps j’ai écrit un livre, Enfant des lieux bannis et participé à un court-métrage pour faire de la prévention contre la violence. Je préside aussi une commission sur les quartiers populaires pour Michel Rocard. Tout cela sert l’intérêt général, qui parfois doit primer sur l’intérêt personnel. Et cet album, c’est deux ans de boulot…

Afrik.com : De nombreuses questions existentielles émaillent votre album…

Rost :
Il est fondamental de se remettre en cause, et réfléchir à ce qu’on peut apporter à notre humble niveau pour améliorer le quotidien. Actuellement on se bat pour survivre, pas pour vivre. On est tous en droit de vivre.

Afrik.com : Quel rapport entretenez-vous avec l’Afrique ?

Rost :
Je suis d’origine africaine : je suis né au Togo, puis j’ai vécu au Gabon. Mon attachement à ce continent est très important. Certains me demandent parfois pourquoi je ne fais pas de politique en Afrique, mais le continent est une marionnette qui sert les intérêts des occidentaux : il faut commencer par faire changer les choses ici. Il existe une belle arme que l’on appelle le micro. L’intégration passe essentiellement par le sport et par la culture, que l’on doit utiliser pour défendre nos convictions. L’Afrique doit cesser d’être pillée.

Afrik.com : Vous décrivez une Afrique qui gémit, qui pleure, êtes-vous pessimiste ?

Rost :
Non, je suis connu pour dépeindre les choses telles qu’elles sont tout en donnant une touche d’espoir. D’ailleurs ma chanson Le rêve africain peut être divisée en trois parties : l’histoire, la réalité d’aujourd’hui et l’espoir. Je dis que « nos espoirs étaient sous scellés ». Obama a coupé la corde du scellé, on a décolonisé les esprits, tout devient possible. Je suis convaincu que les choses vont changer. Dans une cinquantaine d’années, c’est l’Afrique qui va prendre le dessus. Qui aurait misé sur la Chine avant ? Mon grand mot, c’est l’espoir, sans espoir il n’y a plus de vie.

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