retour sur les élections égyptiennes

A première vue, les élections et le nouveau parlement égyptiens se sont inscrits dans la droite ligne des constantes moubarakiennes. Le parti au pouvoir s’est peut-être couvert de ridicule, mais il demeure solidement au pouvoir, détenant toujours plus de trois quarts des sièges de l’Assemblée, et disposant donc de la majorité qualifiée des deux tiers nécessaire pour la révision de la Constitution. L’opposition, elle, ne peut toujours pas beaucoup plus que se faire entendre.

Des modifications subtiles sont pourtant en cours, malgré les pressions et la  » triche  » qui perdure en amont, si elle a disparu des isoloirs.

Dans un tel contexte, être membre du parti au pouvoir est souvent, mais pas toujours, un plus. Il y a certes un vote protestataire, et l’abstention peut être considérée comme une autre forme de désaveu. Mais il y a surtout une manière de concilier vote utile et protestataire : élire un candidat n’ayant pas obtenu l’investiture du parti au pouvoir, mais dont on sait qu’il le rejoindra une fois dans l’enceinte parlementaire. On gifle le parti au pouvoir, mais on ne rompt pas avec lui.

Dans un tel contexte, être riche est un plus très net, mais il faut en user à bon escient. C’est à dire s’y prendre à l’avance. Ne pas attendre les deux derniers mois pour jouer au bienfaiteur. Il convient de privilégier l’aide aux pauvres, ou les projets d’utilité publique, plutôt que les pots de vin personnels. C’est pour cela que le gouvernement dispose d’une arme redoutable contre les islamistes : il peut interdire leurs activités caritatives.

Mais cela ne veut pas dire qu’il y a immobilisme. Mon pays ne vit pas de stagnation brejnevienne. Ici et là, il est possible de relever des évolutions. Au moins trois femmes se sont fait élire en Haute-Egypte, bastion de l’archaïsme et du machisme. Les Frères Musulmans ont présenté un nouveau visage, plus avenant. Nouveaux candidats et ligne plus modérée. Mieux: ils ont donné à leurs militants une consigne de vote en faveur d’un candidat copte, alors que le candidat du PND avait recours aux arguments confessionnels. Manoeuvre tactique ou conversion, peu importe. Au moins trois candidats chrétiens se sont fait élire au Caire, avec un appui massif. Plus subtilement, l’équilibre des forces au sein du PND, entre universitaires, notables et hommes d’affaires, continue à changer, en faveur des derniers.

Tewfik Aclimandos

Tewfik Albert Aclimandos est politologue. Il vit au Caire. Retrouvez ici son interview dans afrik.com.