Renoncer aux armes, refaire les vies

Du 12 au 14 juin, à Kinshasa, l’ONU organise une conférence internationale sur le désarmement, la démobilisation, la réintégration et la stabilité en Afrique. Pas plus tard qu’en février, les combats faisaient rage entre les milices rebelles et les troupes gouvernementales dans les forêts de l’Ituri, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Mais le 8 mai, après que les chefs des milices ont finalement donné leur accord pour le désarmement, plus de 200 de leurs hommes ont remis leurs armes aux soldats de la paix de l’ONU à Doi, au nord-est de Bunia, la capitale provinciale.

Certes, plusieurs centaines de leurs camarades restent dans les forêts. Cela n’a toutefois pas dissuader des milliers d’autres à se démobiliser à mesure que les processus de paix gagnent du terrain. Un certain nombre d’anciens combattants reçoivent une formation leur permettant de s’enrôler dans la nouvelle armée nationale. D’autres participent aux nombreux programmes de réintégration en vigueur en Ituri et dans d’autres régions du pays. Ils y apprennent des métiers divers qui leur faciliteront le retour à la vie civile, comme la fabrication de briques, la minoterie, l’élevage des chèvres ou la construction de ponts et d’écoles.

A plus de 3 000 kilomètres de distance, en Côte d’Ivoire, une autre opération de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) est sur le point de démarrer, à la suite de la signature en mars d’un accord de paix entre le gouvernement et les forces rebelles occupant la moitié nord de ce pays de l’Afrique de l’Ouest depuis plus de quatre ans. Au terme de ce programme, 50 000 combattants des deux côtés du conflit rendront les armes pour retourner à la vie civile.

Pendant ce temps, dans un autre pays, le Tchad, le gouvernement a conclu en mai un accord avec le Fonds de l’ONU pour l’enfance (UNICEF) stipulant le désarmement immédiat de tous les enfants soldats de son armée. D’après le représentant de l’UNICEF Stephen Adkisson, cet accord permettra aux enfants de se libérer du service militaire et de « rejoindre leurs communautés d’origine pour y refaire leur vie ».

Qu’ils soient enfants ou adultes, la plupart des personnes entraînées dans les différents conflits africains ne demandent pas mieux que de ranger leurs armes et mener une vie normale. À l’exemple de Haja Sheriff, ancienne membre d’une milice au Libéria, qui confiait à Afrique Renouveau que désormais elle n’aspirait qu’à obtenir un lopin de terre pour y cultiver du riz et des légumes, et peut-être élever quelques têtes du bétail.

Prévenir plus de violence

Les opérations de désarmement et de réintégration des anciens combattants sont de plus en plus courantes en Afrique à mesure que les innombrables conflits ayant ravagé le continent connaissent un dénouement pacifique. Dans le cadre de ses opérations de maintien de la paix, l’ONU a participé au désarmement et au retour à la vie civile d’environ 400 000 anciens combattants, rien que dans les cinq dernières années.

La réussite de ces opérations est essentielle pour « prévenir la répétition des violences et poser les jalons d’une paix durable » , estimait en avril le Secrétaire général adjoint et Conseiller spécial pour l’Afrique de l’époque, Legwaila Joseph Legwaila. Malheureusement, poursuit-il, « des preuves abondantes indiquent que les procédures de DDR utilisées actuellement ne permettent pas de réaliser ces objectifs, comme le montre le retour à la violence dans de nombreux pays africains ».

Afin d’aider les pays africains à mieux gérer ces opérations, le Bureau du Conseiller spécial de l’ONU pour l’Afrique et le Gouvernement de la RDC organiseront une conférence internationale sur le désarmement, la démobilisation, la réintégration et la stabilité en Afrique, qui se tiendra du 12 au 14 juin à Kinshasa.

L’accent sur l’Afrique

Il y a eu d’autres conférences, séminaires et ateliers consacrés à l’évaluation et au renforcement des programmes de DDR. En décembre 2006, l’ONU a établi des normes globales de DDR intégrées visant à améliorer la conception de ces opérations de manière plus systématique. Mais la conférence de Kinshasa devrait, à l’instar d’une conférence pan-africaine semblable consacrée aux DDR, qui s’est déroulée en Sierra Leone en juin 2005 sous les auspices du Bureau du Conseiller spécial de l’ONU pour l’Afrique, accorder une attention toute particulière à l’Afrique en donnant la priorité aux positions et recommandations des experts africains sur la question.

Les participants à la conférence de Kinshasa représenteront une vingtaine de pays du continent, dont le Burundi, la Côte d’Ivoire, la RDC, le Libéria et l’Ouganda. Il y aura des représentants de gouvernements, des participants aux DDR, des membres des forces armées nationales et d’anciennes factions rebelles, des délégués de parties aux accords de paix, et des représentants de communautés d’accueil et d’associations de la société civile. Les participants s’inspireront des leçons du passé et des expériences présentes en matière de DDR en Afrique, dans le but de faire ressortir les stratégies de désarmement et de réintégration les plus efficaces, de les placer sous le contrôle des Africains et d’inviter la communauté internationale à leur apporter un soutien plus actif.

Malgré certaines améliorations apportées à l’exécution de ces programmes au cours des dernières années, il y a encore des difficultés à surmonter. C’est pourquoi la conférence ne se contentera pas de faciliter les échanges d’expériences dans différents pays, mais examinera les domaines d’activité exigeant une attention particulière, comme la situation des enfants soldats et des enfants dans les conflits armés, les liens entre les DDR et la justice transitionnelle, la réforme militaire et de la police, les questions relatives à la présence de combattants d’autres pays, la manière de mieux satisfaire les besoins particuliers des ex-combattantes et la constitution de partenariats entre les secteurs public et privé destinés à offrir du travail aux anciens combattants.

« L’amélioration de nos méthodes en matière de DDR devrait nous permettre de mieux réintégrer les ex-combattants dans la société, explique Jean-Marie Guéhenno, Secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de maintien de la paix . Le but est d’inciter ce groupe à devenir un facteur de stabilité croissante plutôt que de rester une source d’insécurité ».

Ernest Harsch, pour Afrique Renouveau de l’ONU

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