René Cabral : « La musique capverdienne est extrêmement riche »


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René Cabral

Artiste atypique et incontournable de la scène musicale capverdienne, René Cabral développe une musique chaude épicée de multiples influences. A l’occasion de son album live Live One, il partage avec Afrik sa flamme créatrice. Tout en restant humble face au vivier de talents dont regorge son archipel.

Véritable creuset artistique, René Cabral réussit à synthétiser habilement de nombreuses influences musicales à travers une musique capverdienne originale qui finalement lui ressemble. Né de père antillais et de mère capverdienne, il a grandi au Sénégal, vécu en Côte d’Ivoire et vit actuellement en France. Aussi respire-t-il cette subtile créolité que l’on retrouve dans son art du métissage. Comme en témoigne aisément son tonique album live Live One. Rencontre.

Afrik.com : Vous êtes à la fois capverdien et antillais. Vous sentez-vous plus proche de l’une ou de l’autre de vos deux origines ?

René Cabral :
C’est un mélange des deux. C’est un métissage complet, même si je ne suis encore jamais allé aux Antilles. Mais bon, par mon père et par des musiciens antillais que je connais, comme Ronald Rubinel et certains autres avec lesquels j’ai fait des concerts, je suis resté en contact avec les Antilles.

Afrik.com : Vous avez grandi au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Quelle langue parliez-vous à la maison ?

René Cabral :
Nous avons été éduqués avec la langue française. Comme j’ai grandi et vécu au Sénégal, je parle également wolof. C’est en grandissant avec des amis capverdiens qui parlaient capverdien que j’ai commencé à capter quelques mots, ainsi de suite pour apprendre le portugais.

Afrik.com : Au départ vous n’étiez pas axé musique capverdienne. Pourquoi ce revirement ?

René Cabral :
C’est venu comme ça. Avant j’étais inspiré par le rythm and blues, la salsa et le reggae. J’ai quitté le Sénégal avec un groupe qui s’appelait les « Super stars de Dakar ». Nous sommes allés en Côte d’ivoire où nous sommes restés une dizaine d’années. C’est quand je suis venu en France que j’ai commencé à jouer avec le groupe « Cabo Verde Show ». C’est à partir de là que j’ai commencé à faire de la musique capverdienne en tant que auteur compositeur.

Afrik.com : Un parcours qui explique sans doute le métissage de votre musique ?

René Cabral :
J’ai joué avec plusieurs groupes au Sénégal qui faisaient toute sorte de musique. Du rythm and blues et de la salsa, donc, mais aussi et de la musique sénégalaise. Tous les groupes avec lesquels j’ai joué ont été une grande école pour moi. Ce qui fait que quand je compose un titre, j’opère un mélange de toutes ces influences. Ma musique est une symbiose de rythmes et de mélodies. On peut retrouver des influences africaines, antillaises et même parfois jazz. Mais la base reste profondément capverdienne. Et je tire mon inspiration du foisonnement de rythmes qu’il existe là-bas. Je fais partie des musiciens qui modernisent un peu la musique capverdienne. Et tant que le public capverdien apprécie, je vais de l’avant.

Afrik.com : Vous dites que vous avez « joué avec plusieurs groupes ». Donc vous n’étiez pas que chanteur, vous étiez aussi instrumentiste ?

René Cabral :
Je chante depuis que je suis très jeune. Je suis né chanteur en quelque sorte. J’ai commencé à chanter parce que ma mère chantait dans une chorale gospel. En tant qu’auteur compositeur je joue un peu de guitare et de piano. Mais j’ai commencé par apprendre la batterie. Un jour, j’ai dû remplacer notre batteur qui n’avait pas pu venir. Je me suis perfectionné et j’ai continué à jouer… Après j’ai commencé la percussion parce que lorsque vous êtes batteur il est facile de passer percussionniste. A chaque fois quand on me prenait dans un groupe, c’était toujours en tant que chanteur, c’est seulement après qu’ils découvraient que j’étais aussi musicien.

Afrik.com : La nouvelle génération d’artistes capverdiens est très branchée cabo-love. Existe-t-il une nouvelle tendance vers un retour aux racines ?

René Cabral :
Ce n’est pas encore d’actualité, mais j’espère qu’ils vont y revenir parce qu’il ne faut pas qu’ils oublient leur culture. Le cabo-love n’est qu’une imitation du zouk antillais.

Afrik.com : Quel regard portez-vous sur la musique capverdienne ?

René Cabral :
Beaucoup de personnes en France et ailleurs ne s’arrêtent encore qu’à Cesaria Evora. Or il y a beaucoup d’autres talents qui ne sont pas connus. Pour ma part, je n’ai découvert toute la richesse de la musique capverdienne qu’à l’âge adulte, lorsque je me suis rendu là-bas. Une richesse dont je ne soupçonnais absolument pas l’existence. Les Européens veulent de la musique originale, ce dont regorge le Cap-Vert. Aussi je pense que la musique capverdienne va se développer au fur et à mesure. Elle commence à se faire connaître en Afrique, surtout en Guinée Bissau et en Angola qui sont des anciennes colonies portugaises.

Afrik.com : La dernière découverte RFI est le Capverdien Tcheka. Que pensez-vous de l’artiste ?

René Cabral :
J’aime bien ce qu’il fait. C’est une autre manière de jouer par rapport à ce qu’on peut entendre ici et les Européens semblent apprécier. Preuve en est que la musique capverdienne est tellement riche que vous pouvez la faire de plusieurs manières. Tchéka ouvre un peu plus la porte à d’autres artistes capverdiens. Il y en a beaucoup là-bas qui ne sont pas connus mais qui font des choses remarquables. Je reste persuadé que tout ce potentiel va un jour exploser.

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