Renaissance malienne

Réouverture de l’axe routier Abidjan-Bamako : un convoi test de 7 véhicules en provenance d’Abidjan est arrivé sous escorte samedi à Zégoua au Mali. Les professionnels du secteur des transports espèrent un retour progressif à la normale. L’axe commercial assurait, avant la crise ivoirienne, près de 70% du trafic malien. Interview de Saliou Guiro, secrétaire-général du Conseil malien des chargeurs.

C’est en grande pompe et sous un concert de klaxons qu’ont été accueillis, samedi au Mali, les sept véhicules d’un convoi-test parti trois jours plus tôt d’Abidjan. Le préfet, le maire et le chef coutumier de Zékoua (première ville malienne après la frontière ivoirienne) étaient présents pour l’événement qui marque la réouverture de la route Abidjan-Bamako. Une route fermée depuis le début de la crise ivoirienne en septembre dernier qui assurait 70% du trafic commercial malien. Saliou Guiro, secrétaire-général du Conseil malien des chargeurs (affréteurs), revient sur le passage à vide des professionnels du secteur. Malgré l’insécurité, il considère que la route d’Abidjan reste le meilleur axe régional de transport.

Afrik : Quel était l’état du trafic commercial depuis la crise ivoirienne ?

Saliou Guiro : Il était quasi inexistant, même s’il existait un trafic en provenance de Côte d’Ivoire qui transitait par le Ghana et le Burkina. Alors que le trafic import-export, hydrocarbures inclus, avoisinait avant la crise le million de tonne par jour.

Afrik : Le convoi de samedi marque-t-il un retour à la normale ?

Saliou Guiro : On ne peut pas parler de retour à la normale dans la mesure où les véhicules étaient escortés par les forces loyalistes d’Abidjan à Tièbissou, par l’Ecoforce (forces de la CEDEAO, ndlr) de Tiébissou à Bouaké et par les Forces nouvelles (MPCI, ndlr) de Bouaké au Mali.

Afrik : Du moins, a-t-il restauré la confiance des opérateurs ?

Saliou Guiro : Il y a eu un indéniable effet psychologique. Avec les escortes, il y avait un sentiment de  » sécurité « . Le voyage s’est déroulé sans encombre. Avant la crise, les convois se faisaient toujours racketter avec les multiples barrages sur la route. Mais le fait qu’il y ait des hommes en armes n’est pas une situation normale. Tout le monde espère que la situation va aller en s’améliorant. Il faudrait pour cela que la paix s’installe véritablement en Côte d’Ivoire.

Afrik : Y a-t-il un autre convoi de prévu dans les prochains jours ?

Saliou Guiro : Un convoi de 25 camions chargés de marchandises, essentiellement du coton, doit normalement partir demain mardi pour Abidjan.

Afrik : Y a-t-il beaucoup de marchandises maliennes bloquées au port d’Abidjan ?

Saliou Guiro : On peut estimer qu’il y a 13 000 tonnes de marchandises bloquées au port d’Abidjan. Essentiellement des produits de première nécessité comme le riz ou le sucre. Il y a également beaucoup d’hydrocarbures qui sont resté en Côte d’Ivoire. La société ivoirienne de raffinage a jugé que ce n’était pas prudent d’emprunter l’itinéraire bis passant par le Ghana et le Burkina. Et puis les opérateurs ne pouvaient pas assumer les surcoûts occasionnés par le détournement du trafic.

Afrik : Le Mali a donc fait face à des graves pénuries ?

Saliou Guiro : Nous n’avons pas connu de réelles pénuries car nous avions des sources d’approvisionnement très diversifiées. Les craintes que nous avions au départ ne se sont pas traduites sur le marché.

Afrik : Les opérateurs maliens, qui ont exploré d’autres routes commerciales, vont-ils revenir sur Abidjan ?

Saliou Guiro : Tous ne renoueront pas tout de suite avec Abidjan à cause de l’aspect sécuritaire. Mais d’un point de vue strictement économique, le port d’Abidjan reste l’axe le plus avantageux. A part Dakar, les autres ports régionaux sont trop exigus. Et le problème de Dakar reste la faible performance du chemin de fer qui agit comme un véritable goulot d’étranglement pour le trafic régional. Nous avons aujourd’hui 80 000 tonnes de marchandises conventionnelles et 1 300 containers maliens bloqués à Dakar.