Reggae, Kamany Mike : une étoile est née

Future nouvelle star reggae, la bombe à retardement Kamany Mike est amorcée. Si le jeune artiste ivoirien n’a, pour l’heure, sorti son premier album qu’en K7 en Côte d’Ivoire, il y a fort à parier qu’il sera demain l’un des grands du reggae en Afrique et ailleurs. Son opus, « Accent d’Afrique », surprend par sa maturité et sa qualité artistiques et témoigne d’un redoutable potentiel. Interview, plus quatre extraits en exclusivité internationale.

Essence reggae. Kamany Mike, de son vrai nom, Ahure Michael David, est sans doute l’un des grands artistes reggae de demain. Prenez un peu d’Alpha Blondy et de Bob Marley, ajoutez-y de solides influences roots reggae, liez le tout avec la propre patte du jeune artiste ivoirien et vous obtiendrez Accent d’Afrique, son premier album sorti l’année dernière en Côte d’Ivoire (uniquement en K7). Une production remarquable de maturité et de talent qu’Afrik a ramené, un peu par hasard, dans ses filets. Si sa carrière n’est pas encore véritablement lancée, il ne fait aucun doute que Kamany est promis à un très bel avenir. Aussi sommes-nous fiers de vous le présenter un peu avant tout le monde. Humble et passionné, il nourrit un profond respect pour les musiciens et sa famille artistique, sans qui la « sauce » n’aurait jamais pris. Rencontre.

Afrik.com : D’où vient votre nom de scène ?

Kamany Mike :
Kamany Mike est un qualificatif que ma mère m’a attribué alors que je cherchais un nom de scène. Au début, je voulais me faire appeler Daddy Kay Mike (Kay parce que c’est le nom de mon fils). Ma mère m’a dit : « Je préfèrerais que tu t’appelles Kamany ». Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu que cela signifiait « aileron » (en dioula, ndlr). C’est un stabilisateur pour les oiseaux. Un élément sans lequel ils ne pourraient pas bien voler. Pour elle, je suis un petit dans la cour des grands. Mais un petit dont la reggae a résolument besoin.

Afrik.com : Que représente la musique pour vous ?

Kamany Mike :
La musique c’est une question de vibe. J’ai commencé à composer mes premières mélodies à 10 ans ! J’étais déjà fasciné par le mouvement rasta, et par Bob Marley en particulier. Mais honnêtement, je n’ambitionnais pas de porter un jour le manteau d’artiste reggae. Là où j’ai vraiment commencé à prendre la chose au sérieux, c’est quand j’ai joué au mémorial de Marley. Un groupe de grands frères avaient organisé un grand concert à Abidjan. Et ils ont tenu à ce que je sois là pour faire partie du spectacle… Les gens ont apprécié ma prestation et c’est là que je me suis vraiment rendu compte que j’avais de sérieux atouts de mon côté. A l’époque je n’étais pas encore Kamany. J’étais juste Mike. Dès lors, on a commencé à me solliciter un peu partout, à Abidjan, pour des petites prestations dans des maquis (bars de rue) et ailleurs. Ce n’est qu’en 2001 que j’ai commencé à me frotter sérieusement au milieu musical et à me mettre à travailler pour un album.

Afrik.com : Vous êtes auteur compositeur et interprète. Pour autant êtes-vous le seul artisan de votre son ?

Kamany Mike :
A la base, j’ai des mélodies dans ma tête. Je travaille avec un ami, Moktar Wurie, qui est bon clavier. Je lui fredonne les mélodies qu’il traduit en accord, et je le dirige comme ça… C’est sur cette base-là que l’on se retrouve avec tout le groupe. Je crée la ligne de basse (instrument dont il joue, ndlr) que Séba (bassiste du groupe, ndlr) reprend. Le batteur rentre dans la musique, Moktar vient avec les accords que nous avons travaillés ensemble, la section cuivre se pose. Quant à Camus (guitariste ivoirien qui a joué avec Alpha Blondy, ndlr), il a la magie de savoir rentrer dans la musique. Et ça suit tout de suite. C’est comme une magie. Chacun apporte sa touche à l’ensemble. C’est ça la force. Dans ma musique il n’y a pas que Kamany : c’est toute une famille. C’est le piment du quartier qui fait de moi ce que je suis artistiquement aujourd’hui.

Afrik.com : Vous avez l’air d’avoir beaucoup de respect pour les musiciens…

Kamany Mike :
Enormément. On ne peut rien faire sans eux. Je garde un profond respect pour eux. Car bien qu’ils soient dans l’ombre, je sais toute l’importance qu’ils ont dans la musique. Ce sont eux qui suivent ma vibe et l’aide à s’éveiller. Je suis très humble devant leurs talents, parce qu’ils font partie de l’alchimie. Il y en a certains que j’admire plus particulièrement. Quand Camus joue, je suis émerveillé, c’est un peu mon mentor. J’ai, également, eu la chance de jouer avec de grands musiciens, qui ont évolué avec de véritables légendes vivantes de la musique, comme Aston Barrette, l’ancien bassiste du grand Bob Marley ou Francky l’ancien clavier de Fela.

Afrik.com : A l’écoute de votre musique, on sent que vous avez été beaucoup influencé par Alpha Blondy…

Kamany Mike :
C’est normal, parce qu’Alpha Blondy est un grand frère. Il a illuminé une partie de notre jeunesse et, dans une certaine mesure, façonné une partie de notre univers musical. Nous étions tous émerveillés quand nous allions à ses concerts. C’était une sorte de légende, parce que c’est lui qui a ouvert la porte du reggae en Côte d’Ivoire et en Afrique. Il n’est pas étonnant de retrouver un peu d’Alpha en nous. Mais ce sont juste des influences. Car l’inspiration vient de partout et se nourrit de toutes choses. Ma musique s’inspire aussi beaucoup de la vibe de Marley. Burning Spear et Apple Craig Gabriel sont également des artistes que j’admire énormément.

Afrik.com : Quelle est votre conception du mouvement rasta ?

Kamany Mike :
Rastarafi est une philosophie qui est simple. Certains pensent que c’est une religion, moi je pense que c’est un comportement et une manière d’être. Cette simplicité et cette humilité qu’il faut adopter dans la vie.

Afrik.com : Beaucoup de rastas dénoncent Babylone, que faut-il entendre par là ?

Kamany Mike :
Babylone, c’est l’oppression. C’est tout ce qui est néfaste pour l’autre et le monde.

Afrik.com : Partagez-vous ce sentiment qu’il faut à un artiste africain d’abord être reconnu en Occident pour faire une grande carrière en Afrique ?

Kamany Mike :
Si le peuple aime ton produit, la notoriété va toujours suivre. Quelque soit l’endroit où tu sors ton album. L’Afrique fait ce qu’elle peut faire. Mais nous sommes conscients des réalités africaines et c’est pourquoi nous sommes obligés de composer avec Babylone et le système qu’on nous impose aujourd’hui. Mais nous n’avons normalement pas besoin de l’Occident pour évoluer. Nous pouvons le faire par nous-mêmes.

Afrik.com : Votre album est uniquement sorti en Côte d’Ivoire et vous n’en avez pas vraiment fait la promotion. Est-ce à cause de la situation dans le pays ?

Kamany Mike :
Ce n’est pas la situation actuelle en Côte d’Ivoire qui a freiné le travail autour de l’album. Il y a une machine qui s’était mise en route et qui a malheureusement eu un problème. Mais il ne faut pas être pressé. Il faut penser positif. Mon tour viendra…

Afrik.com : Etes-vous un homme de scène ?

Kamany Mike :
(grand sourire) Je suis un homme du live. J’adore la scène. C’est un formidable espace d’expression et d’échange avec le public. Depuis mon plus jeune âge, j’ai eu la chance d’affronter des salles de plus de 10 000 personnes. Je n’ai jamais eu le trac.

Afrik.com : Il y a Alpha Blondy, Tiken Jah, Ismaël Isaac, vous. On a l’impression que le reggae africain est finalement ivoirien…

Kamany Mike :
Je préfère qu’on ne donne pas de nationalité au reggae. C’est une musique universelle. Qu’elle soit de Côte d’Ivoire, d’Afrique ou d’ailleurs.

Afrik.com : Que pensez-vous de la situation en Côte d’Ivoire ?

Kamany Mike :
On a un gros travail à faire. Celui d’aimer son prochain. On peut faire mieux que ça. L’Afrique est en retard à cause de ce que Babylone lui a fait. Si l’Afrique reste dans ce type de querelles c’est qu’elle n’a rien compris. Ils ont tout fait pour nous diviser. Ils savent que si nous sommes soudés, nous allons faire fort.

Afrik.com : Affichez-vous vos opinions politiques quant aux événements dans le pays ?

Kamany Mike :
En tant qu’artiste, je me considère, à la fois, comme un dealer de bonne humeur et un messager. Je n’ai aucune position politique. Il faut juste que les politiciens cessent de badiner avec la jeunesse. Elle a juste besoin de respect, d’unité et qu’on reconnaisse sa vraie valeur. Il ne faut pas qu’ils s’amusent avec le peuple, parce que c’est le peuple qui, en fin de compte, décide.

 Contact manager: Geneviève Charron

 Tél. : 0(0 33) 6 24 13 17 68

 En exclusivité internationale, quatre extraits en écoute de l’album Accent d’Afrique

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