Réforme des régimes spéciaux : confidences d’un gréviste antillais

La vive opposition que soulève la réforme des régimes spéciaux de retraite paralyse la France depuis neuf jours, mais les négociations entamées mercredi semblent sonner le glas d’un mouvement social qui a mobilisé les principaux syndicats de la RATP et de la SNCF, les entreprises publiques de transport public concernées par cette réforme. Patrick Théophile est le président de l’Amicale des agents de la RATP originaires des Dom-Tom. Il explique les raisons de sa participation à cette grève.

La grève des salariés de la RATP et de la SNCF, qui bénéficient des régimes spéciaux de retraite, a démarré le 14 novembre dernier. Des négociations tripartites impliquant la direction de ces entreprises, l’Etat et les syndicats ont été entamées mercredi. Plusieurs propositions, notamment la valorisation des salaires en fin de carrière, un compte épargne-temps et une retraite complémentaire devraient venir récompenser les efforts des travailleurs qui seront tenus de cotiser désormais 40 ans au lieu de 37,5 années. L’évolution positive de ces négociations a conduit les grévistes à voter en grande majorité, ce jeudi, la reprise du travail.

Afrik.com : La réforme des retraites est une pilule assez dure à avaler pour vous. Pourquoi ?

Patrick Théophile :
On nous oblige à passer à de 37,5 à 40 annuités. C’est assez gênant pour de nombreuses raisons. Notamment la pénibilité du travail. Prenons le cas des machinistes, par exemple, qui conduisent les bus, le trafic, le relationnel aussi bien dans les quartiers huppés ou dit « difficiles » constituent un des aspects de la pénibilité de leur travail. Par ailleurs, il n’est jamais intéressant de perdre des acquis pour lesquels nos prédcesseurs se sont battus. D’un point de vue plus personnel, j’ai 49 ans et je m’étais fait à l’idée de partir à la retraite à 55 ans, il faudra attendre maintenant deux ans de plus.

Afrik.com : L’opinion publique n’est pas toujours d’accord avec cette notion de pénibilité au motif que l’évolution technique facilite de plus en plus votre travail. De nombreuses personnes sont solidaires mais commencent, surtout après 9 jours, à avoir ras-le-bol. Que leur dites-vous ?

Patrick Théophile :
Pour apprécier la pénibilité, ils devraient essayer de s’imaginer dans un tunnel pendant une heure où ils ne verraient défiler que des feux rouges. Les conducteurs de métro, les machinistes, les agents qui travaillent sur la voie, souvent la nuit, pour éviter d’entraver la circulation, à qui l’on demande de travailler rapidement – 4 heures et demi en général – parce que le trafic ne doit être interrompu que 5 heures au maximum. Mais je comprends aussi leur agacement parce qu’ils doivent aller travailler, vaquer à leurs occupations quotidiennes. Néanmoins, ils doivent, eux aussi, se rendre compte que le recours au droit de grève est notre seul moyen d’expression et de revendication. Par ailleurs, les usagers n’essaient pas toujours de nous comprendre, leur agressivité vis à vis des non-grévistes le prouve. Il faut vraiment de la compréhension de part et d’autre.

Afrik.com : La garantie du travail est un motif supplémentaire, selon la majorité des Français, qui ne vous autorise pas non plus à vous plaindre…

Patrick Théophile :
Ils se font une fausse idée car la RATP est devenue une entreprise où la garantie du travail est de plus en plus liée à un objectif de résultat. Les gens perdent aussi leur travail à la RATP. La performance vaut pour toute entreprise, qu’elle soit privée ou publique.

Afrik.com : La suspension de la grève a été votée par la majorité des assemblées générales à la RATP et à la SNCF. Quel est aujourd’hui votre sentiment et êtes-vous satisfait des propositions qui sont en train d’être faites ?

Patrick Théophile :
Nous souhaitions à travers ce mouvement social exprimer notre opposition à la réforme des retraites. Je salue au passage la forte mobilisation des agents originaires des Dom-Tom pour cette cause commune. Le retrait de cette réforme est aujourd’hui un point non négociable. Nous n’avons pas le choix. Il faut donc qu’on obtienne un maximum de compensations.

Afrik.com : Pensez-vous que la fin de la grève, c’est pour très bientôt ?

Patrick Théophile :
A priori, oui.