Red Auerbach : mort d’une légende du basket américain

Arnold « Red » Auerbach, le mythique entraîneur et président des Celtics de Boston, dans le championnat de basket américain (NBA), est mort le 28 octobre dernier d’une crise cardiaque. Progressiste dans une équipe traditionaliste, il est le premier à avoir drafté un joueur noir, en 1950, aligné un cinq majeur noir et nommé un coach noir à la tête d’une équipe.

Arnold Jacob Auerbach, dit « Red », est mort le samedi 28 octobre dernier d’une attaque cardiaque à l’âge de 89 ans. Ce fils d’immigrant russe, Marine durant la seconde guerre mondiale, a écrit en presque soixante ans la légende des Celtics de Boston et influé sur l’histoire de la prestigieuse National Basket Association (NBA). Depuis 1950, il a remporté seize bagues de champion, dont neuf en tant qu’entraîneur. Cette légende, le coach au cigare vissé au bec et à la dégaine d’homme d’affaire roublard a été l’un des premiers à la construire avec l’apport significatif de basketteurs noirs.

En 1950, il est le premier à drafter (la draft est le marché annuel des joueurs issus de l’université, du lycée ou de l’étranger) un joueur noir, Chuck Cooper, depuis l’université de Duquesne (Pittsburgh, Pennsylvanie). Alors baptisé BAA (Basketball American Association), le championnat de basket américain a quatre ans et vient de prendre son nom de NBA, après avoir fusionné avec une autre ligue majeure. Pour la première fois, les joueurs noirs sont lors de cette saison 1950-51 autorisés à évoluer au sommet, eux qui étaient jusque là cantonnés aux championnats mineurs.

Un Noir écrit l’histoire d’un club de Blancs

« Historiquement, le club de Boston est un club de Blancs, de Wasps (White anglo-saxons protestants), très traditionaliste. Auerbach a construit la légende des Celtics sur ce terreau mais il a également su être un visionnaire en ouvrant la NBA à la communauté noire, explique Vincent Lauriot, journaliste pour le mensuel français Maxibasket. Si la greffe a bien opéré, c’est que le joueur qui a servit la légende des Celtics est Bill Russel. De plus, il entrait dans le moule dans lequel les Blancs auraient voulu faire entrer un Noir : pas exubérant, travailleur… » et talentueux.

Avec ses 2,09 mètres et 100 Kg, le natif de Louisiane est l’un des meilleurs défenseurs de l’histoire de la NBA. Dès son arrivée en 1956, les Boston Celtics ont remporté leur premier titre face aux Saint-Louis Hawks. Dix autres vont suivre, avec une série à ce jour inégalée de huit victoires d’affilée, de 1959 à 1966. Lors de la saison 1964-1965, Red Auerbach a pour la première fois de l’histoire aligné un cinq majeur (les cinq joueurs à démarrer le match) 100% noir, avec Bill Russel, K. C. Jones, Sam Jones, Tom Sanders et Willie Nauls. « C’était sans doute moins par sentimentalisme que parce qu’il savait qu’avec tous ces joueurs, il alignait la meilleure équipe possible », estime un spécialiste du basket.

« Je devais gagner. Je voulais être le meilleur dans toutes mes entreprises (…) Le meilleur professeur (…), le meilleur joueur (…), le meilleur entraîneur », explique le principal intéressé dans son autobiographie : Red Auerbach : an autobiography. « Noir, Blanc ou autre, nous n’en avions rien à faire. Si tu peux jouer, tu peux jouer, et c’était notre façon d’être », explique-t-il encore dans une interview à Esquire, en 2000. C’est sans doute parce qu’il estimait qu’il était le meilleur qu’il a laissé sa place d’entraîneur des Celtics de Boston à Bill Russell, en 1966. Le premier coach noir de l’histoire de la NBA. Quant à Auerbach, il entre au Hall of Fame en 1969, le panthéon des stars du basket, devenant ainsi immortel.