Réconciliation nationale en Algérie : un processus inachevé

Cinq soldats étaient tués et dix autres blessés ce week-end, dans une embuscade tendue par des islamistes dans la région de Tizi Ouzou, tandis que, lundi, un réseau de soutien aux groupes armés islamistes était démantelé dans le département de Tlemcen. Preuves, s’il en était besoin, que la page du terrorisme n’est pas encore tournée en Algérie. Cependant, la charte pour la réconciliation nationale adoptée en 2005 a porté ses fruits : 7 540 terroristes, dont 81 émirs, se sont rendus aux autorités, selon le bilan présenté dimanche à la presse. L’idée d’une amnistie générale a été évoquée.

La menace terroriste reste présente en Algérie. Un groupe de treize personnes constituant un réseau de soutien aux groupes armés islamistes a été démantelé lundi, dans le village de Benian, dans le département de Tlemcen, à 600km à l’ouest d’Alger, selon un communiqué de la gendarmerie algérienne. Deux jours plus tôt, samedi soir, un convoi militaire, qui effectuait une opération de ratissage contre des islamistes armés, a été pris dans une embuscade, dans la forêt de Bounamane, située dans la commune de Zekri, à 74 km à l’extrême nord-est de Tizi Ouzou, en Kabylie, à la lisière de la wilaya de Béjaïa. Après que plusieurs engins explosifs ont été déclenchés sur son passage, il a été pris sous le feu nourri d’armes automatiques. Selon un bilan encore provisoire ce lundi, 5 morts et 10 blessés ont été dénombrés dans le rang des militaires. Les blessés ont été transférés vers les hôpitaux d’Alger et de Bordj Menaïel. L’armée était à la recherche de 15 membres de l’ex-GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat), devenu AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), dont le quartier général se trouve dans cette zone. Suite à l’attaque, les forces de sécurité y ont dépêché dimanche d’importants renforts.

Quelques jours plus tôt, le 25 septembre, trois militaires, dont un officier, avaient été blessés dans l’explosion d’une bombe dans la même localité. Le 22 septembre, un attentat meurtrier avait pour théâtre la ville de Bordj-Menaïel, relevant de la wilaya voisine, celle de Boumerdès. Deux policiers avaient perdu la vie et plusieurs passants été blessés. La semaine dernière, un commerçant a été enlevé sur la route de Beni Douala et un autre a échappé à une tentative de rapt, samedi soir, non loin de son domicile à Azib Hmed, près de Tizi Ouzou. L’armée algérienne a lancé le 23 septembre une vaste opération de ratissage contre les islamistes. L’étau semble se resserrer sur l’AQMI, à l’échelle du territoire national, mais le danger n’est pas annihilé.

Vers l’amnistie générale ?

1290 terroristes ont été tués par les forces de sécurité depuis 2005. Date à laquelle le président Abdelaziz Bouteflika a initié la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, validée par voie référendaire. La voie des armes est restée active, cependant la politique de la main tendue aux islamistes a obtenu des résultats significatifs, selon Me Merouane Azzi, le président de la cellule de suivi judiciaire de la charte. Dimanche, à Alger, au centre de presse d’El Moudjahid, il a présenté le bilan du dispositif. Selon ce bilan, 28 000 dossiers ont été traités, 7 540 terroristes se sont rendus aux autorités dont 81 émirs – et ont par conséquent échappé à toute poursuite judicaire –, 6420 familles de terroristes disparus ont été indemnisées, et 4533 travailleurs licenciés ont été soit indemnisés soit réintégrés dans leur poste de travail. Selon l’avocat, le dossier qui pose encore problème aujourd’hui est celui des 500 enfants nés dans les maquis terroristes. Seuls cent cas auraient été réglés, à travers la régularisation des mariages.

Depuis 2005, la violence a nettement baissé d’intensité en Algérie. La moyenne des victimes, selon Me Merouane Azzi, a été établie à une vingtaine par mois, alors qu’elles étaient plusieurs centaines à la fin des années 90 et au début des années 2000. Pour le président de la cellule de suivi judiciaire de la charte de réconciliation, afin d’éteindre le feu du terrorisme, d’autres mesures s’imposent, au premier rang desquelles «une amnistie générale que rend possible l’article 47 de la loi votée par voie référendaire le 29 septembre 2005, en cela qu’elle permet au président Bouteflika de prendre des dispositions qu’il voit nécessaire pour le rétablissement de la paix». Une décision qui pourrait ramener à de meilleurs sentiments bien des terroristes, qui poursuivent leur lutte seulement parce qu’ils ont le sentiment de ne plus pouvoir faire machine arrière.