Recherche désespérément… Makossa

« Kamer all stars », le nouvel album de makossa pure souche proposé par Manu Dibango, se veut novateur. Une réflexion sur la musique et les musiciens camerounais d’aujourd’hui. Une production de rupture servie par un drôle de titre.

Le Makossa, le plus populaire des rythmes musicaux du Cameroun, se meurt. Happé par la déferlante du ndombolo congolais, bousculé par le bikutsi, il n’est plus qu’une loque errante et sans âme. Une évidence, que même l’un de ses chantres Manu Dibango, a feint d’ignorer pendant une dizaine d’années.

Las d’attendre le rédempteur, l’homme au crâne rasé et au célèbre saxophone a décidé de prendre le taureau par les cornes en proposant l’album Kamer all stars. Il est le premier maillon d’une longue chaîne pour la reconquête du makossa originel. Pour accomplir ce sacerdoce, il a choisi de se faire épauler par cinq musiciens de renom, la  » Dream Team  » actuelle du genre, Henry Njoh, Penda Dallé, Salle John, Guy Nsangue Akwa et Yves Njock.

Des chansons à thème

Quarante-deux minutes et cinquante-trois secondes, c’est la durée de ce premier opus de dix titres qui remuent étrangement beaucoup de souvenirs, pour finalement mettre à jour les mémoires qui sombraient déjà dans l’oubli. La mesure est donnée dès la première note de « Dikossa la Cameroun », titre qui ouvre l’album. Salle John, dans son rôle de conteur, retrace l’historique de cette locution « kossa ». Il rappelle qu’elle était reprise en choeur par le public du bar le Flambeau de Douala, chaque fois qu’Emmanuel Nelle Eyoum (l’un des pères fondateurs du makossa) chantait son titre fétiche. L’histoire d’un mari libertin auquel sa femme a fait une infidélité et qui, pour se venger s’est mis à la battre.

« Di Lambo », le 3e titre est composé et chanté par Manu Dibango, qui se refuse à banaliser le makossa. Cette chanson rappelle à tout Camerounais les vibrations que peuvent déclencher de telles sonorités. Dans la lignée des ballades qui interpellent les auditeurs, il y a « Kamerun » qui est un appel pressant de Salle John au peuple camerounais pour ne pas laisser dépérir le pays. Une mission qu’il assigne à la jeunesse. Dans le même registre, Il reprend « Na ma wolo », l’un de ses tubes au rythme de l’ambass-bey, un mélange de valse tyrolienne, de polka et de tradition sawa (peuple du littoral camerounais) des années 1940-50.

Absence de voix féminine

Kamer all stars est un ensemble de sons pluriels qui semblent témoigner de la hargne et de la détermination de la  » bande des six  » pour redonner au makossa ses lettres de noblesse. Leur mérite, c’est d’avoir réussi à s’unir, balayant d’un revers de main la fameuse boutade : « s’il y a deux Camerounais quelque part, il y a un de trop ». L’autre vertu de « Kamer all stars », c’est d’offrir aux mélomanes en général, et aux Camerounais en particulier, la musique de leurs artistes longtemps effacés de la scène musicale nationale. Dommage que Manu, l’instigateur de  » Kamer all stars « , n’ait pas pensé à une voix féminine pour compléter cette galerie des stars.