Réchauffement climatique : l’Afrique renvoyée à elle-même

Les problèmes que connaît le continent africain le rendront d’autant plus vulnérable au réchauffement climatique, indique le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). Le continent auquel incombe le moins la responsabilité de cette catastrophe annoncée devrait compter sur ses ressources, déjà fort limitées, pour en juguler les effets.

Le verdict est cinglant et sans appel : vous n’êtes pas responsables, mais vous serez les seuls à pâtir du réchauffement climatique. En outre, pas question de compter sur l’aide internationale. Encore une fois, le continent africain sera la dernière roue du carrosse dans cette affaire du réchauffement climatique. L’Afrique a « le moins de responsabilité dans le changement climatique et pourtant elle sera le continent le plus en danger si on ne réduit pas les gaz à effet de serre », a déclaré Achim Steiner, le directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), lors d’une conférence de presse, mardi, à Nairobi, au Kenya. Elle « est, a-t-il poursuivi, en première ligne pour faire face à la réalité du changement climatique, pas dans l’avenir, mais maintenant ». Il commentait ainsi, pour la région Afrique, le deuxième rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) (groupe II) rendu public vendredi dernier. Il porte sur l’impact économique du réchauffement climatique décrit par les scientifiques à Paris en février dernier.

Les Africains doivent apprendre à compter sur eux-mêmes

Le rapport conclut que les changements climatiques seront à l’origine dans les 60-70 années à venir de l’extinction de plusieurs espèces. Ils provoqueront également un stress hydrique, ce qui signifie que la planète manquera de plus en plus d’eau. Conséquence : une baisse de la production agricole qui multipliera les famines, notamment sur le continent africain. Le blé pourrait même disparaître en 2080 de cette partie du monde. Les dernières analyses du GIEC notent, par ailleurs, que ce sont les régions les plus pauvres qui seront les plus touchées. Selon Anthony Nyong, l’un des auteurs du rapport, « les gouvernements africains ne font pas assez ». D’autant plus que les problèmes que connaissent les pays africains – la pandémie du sida et le fléau du paludisme – seront aggravés par le réchauffement climatique. L’Afrique serait à ce titre d’autant plus vulnérable face au phénomène.

En Afrique de l’Est, par exemple, le GIEC prévoit une hausse du niveau de la mer sur le littoral qui pourrait causer des inondations dont le coût représenterait 10% du produit intérieur brut de la région. Pour le Dr. Andrew Githeko, principal auteur du chapitre consacré à l’Afrique dans le rapport de 1575 pages du GIEC, les pays africains devraient dès maintenant s’adapter aux conséquences du changement climatique. Car les coûts iront en s’accroissant dans l’avenir. Anthony Nyong va plus loin en affirmant qu’ « il est dangereux pour les gouvernements africains de dépendre continuellement et perpétuellement de l’aide pour de telles choses qui ont un impact aussi grand ». La politique de la main tendue n’est en effet pas la meilleure solution pour sortir les pays africains du sous-développement. Que l’aide au développement diminue, soit. Mais s’il est un domaine où les Etats d’Afrique doivent exiger une contribution des pays riches, ce serait bien celui de la lutte contre le réchauffement climatique. Il serait indécent que les pauvres paient pour les riches !