RDC : Verdict contesté dans l’affaire de l’assassinat du journaliste Serge Maheshe

Le procès sur l’assassinat Serge Maheshe, journaliste et secrétaire de rédaction de Radio Okapi, parrainée par la mission de l’Onu en RDC (Monuc) est tombé mardi. Le tribunal militaire de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu (Est), a condamné à la peine capitale deux civils présumés meurtriers du journaliste ainsi que ses deux amis, témoins du meurtre.

Notre correspondant à Kinshasa

Freddy Bisimwa et Masasile Rwezangabo, deux civils qui avaient avoué avoir tué le journaliste, ont été reconnus coupables d’assassinat et condamnés à mort par le tribunal militaire de Bukavu, ainsi que les deux témoins du crime, Serge Muhima et Alain Shamavu, pour association de malfaiteurs : « Pour les prévenus Alain Shamavu et Serge Muhima, poursuivis pour association de malfaiteurs, le tribunal les déclare tous coupables d’association de malfaiteurs et les condamne sans admission des circonstances atténuantes à la peine capitale », tel a été le prononcé du jugement contre les deux amis de Serge Maheshe qui n’ont cessé de clamer leur innocence.

En revanche, six autres personnes qui étaient poursuivies pour la même affaire, ont été acquittées. Serge Maheshe a été abattu, à l’âge de 31 ans, le 13 juin 2007 dans la soirée par deux inconnus à Bukavu ; alors qu’il s’apprêtait à monter dans sa voiture de service, marquée du sigle des Nations unies. Les tueurs s’étaient, par la suite, enfuis sans tenter d’ouvrir le feu sur les deux amis du journaliste, Serge Mohima et Alain Shamavu, qui l’accompagnaient. Serge Maheshe n’avait pas pu être sauvé malgré son transfert à l’hôpital de Bukavu, où il avait été conduit accompagné de ses amis, de membres de l’Onu et de la Police nationale congolaise.

Un verdict contesté

La défense conteste ce jugement. Les avocats des témoins et amis de la victime ont dénoncé un verdict absurde et décidé d’ interjeter appel dans 5 jours, délai accordé par le tribunal militaire. Journaliste en danger (JED), une organisation congolaise de défense de la presse s’est dite « abasourdie » par la condamnation à mort de deux amis du journaliste. « Abasourdi par ce verdict inattendu, et à la suite de la volonté exprimée par les avocats de la partie civile », JED plaide pour la tenue d’un procès en appel « devant un tribunal indépendant », regrettant que ce premier procès n’ait « pas été à même d’établir le mobile réel du crime ».

L’assistance a accueilli avec une vive émotion cette sentence. Plusieurs personnes ont fondu en larmes en entendant le tribunal militaire, condamner également à la peine capitale les prévenus Mulimbi et Muhima. Des étudiants en Droit qui ont suivi les péripéties du procès, ont eux aussi exprimé leur déception de constater que les juges ont fondé toute leur conviction sur des simples aveux, selon eux. L’Union européenne, à travers Protection Line, s’ est insurgée contre l’impunité en RDC. Le pays s’est engagé dans le processus démocratique, mais la situation des droits de l’homme reste encore dégradée. La mère de serge Maheshe, seule membre de la famille présente à l’audience, s’est dite consternée, mais les avocats de la partie civile se sont, quant à eux, refusés à tout commentaire.

Troisième journaliste congolais assassiné

Serge Maheshe est le troisième journaliste congolais tué en moins de trois ans en RDC. Le 3 novembre 2005, Franck Kangundu (alias Franck Ngyke, de son nom de plume), journaliste au quotidien La Référence Plus, et sa femme Hélène Paka ont été abattus par des hommes armés cagoulés devant leur domicile de Kinshasa. Leurs meurtriers présumés ont été arrêtés et en avril 2007, deux d’entre eux ont été condamnés à mort, un troisième à la prison à vie et un quatrième à cinq ans d’emprisonnement.

Un autre, Bapuwa Mwamba, journaliste indépendant a été abattu à son domicile de Kinshasa le 8 juillet 2006. Son procès, commencé le 1er juin dernier, s’est soldé par trois peines de mort prononcées à l’endroit de trois prévenus reconnus coupables d’infractions d’association de malfaiteurs, de détention illégale d’armes de guerre et de munitions, de vols à main armée, d’extorsion des biens et d’homicide préterintentionnel.