RDC : un tribunal pénal spécial pour mettre fin aux crimes de guerre

Pour mettre fin aux crimes perpétrés par les groupes rebelles qui sévissent dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), 52 personnalités ont appelé à la création d’un tribunal pénal spécial pour juger les coupables. Parmi les signataires de cette pétition, l’ex-secrétaire d’Etat, Rama Yade et l’ancienne ministre, Roselyne Bachelot.

Les crimes de guerre en République démocratique du Congo commencent à faire échos à l’international. Au moins 52 personnalités, toutes féminines, se sont élevées contre les exactions commises dans l’est du pays par des milices armées. Ces personnalités, parmi lesquelles figurent l’ex-secrétaire d’Etat, Rama Yade et l’ancienne ministre, Roselyne Bachelot, ont exigé dans une pétition publiée ce lundi, la création d’un tribunal pénal spécial pour juger les coupables de ces crimes contre l’humanité. Dans cette déclaration solennelle, à qui s’adresse-t-elles? Entre autres au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, à François Hollande, le dirigeant français, et son homologue américain, Barack Obama ainsi que la présidente de la commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma.

L’enfer au quotidien

« L’enfer est dans le Kivu », affirment certaines femmes de la région, en proie à une centaine de groupe armés, tant leurs conditions de vie sont rudes. Cette citation est loin d’être exagérée. Depuis une vingtaine d’année, elles vivent quotidiennement dans la peur. La peur d’être tuée, ou encore sauvagement violée. La peur de voir leur vagin lacéré à coups de machettes. La peur de contracter le virus du sida après avoir été abusée ou encore une grossesse. Pis, les victimes sont le plus souvent rejetées par leur communauté, qui les considère, après leur drame, comme étant impures ou voient l’ennemi à travers les yeux de leur enfant, né d’un viol. Les femmes ne sont pas les seules victimes. Dans le Kivu, on viole même les bébés. On tue les pères de famille. On enrôle de force les enfants. On torture. On brime. Les milices responsables de ces exactions piétinent quotidiennement la dignité des populations. Depuis 1996, près de 500 000 victimes ont été répertoriées par ce conflit complexe qui mine le pays.

Viols méthodiques et massifs

En mars dernier, lors d’une conférence au centre culturel belge Wallonie-Bruxelles à Kinshasa, le célèbre docteur Denis Mukwege, qui vient en aide aux femmes violées dans le Bukavu, dans l’est, a tiré la sonnette d’alarme contre les viols massifs qui se font systématiques dans la région. Pour le gynécologue obstétricien qui a a créé une clinique pour « réparer les femmes », selon son expression, « ces viols méthodiques, systématiques et massifs ont le même impact que les guerres classiques, détruisant le tissu social et économique du pays ». Selon lui, la seule solution est que la Communauté internationale se mobilise pour mettre un terme à ce fléau qui cause d’énormes souffrances aux femmes depuis de trop nombreuses années.

Monusco inefficace

Des femmes que la Mission de l’Onu en République démocratique du Congo (RDC) Monusco est censée protéger. Mais sans succès. La population du Kivu ne cesse de dénoncer son inefficacité. Pas plus tard que la semaine dernière, il y a précisément sept jours, elle a manifesté contre la force onusienne, attaquant notamment ses véhicules, selon cette dirigeante d’une ONG, qui prête main forte aux victimes de viols dans le pays. En attendant, « le redéploiement des groupes armés continue à se faire sur le corps des femmes », déplore Denis Mukwege.