RDC : prévention de la violence sexuelle et réintégration, trop peu financées

Tandis qu’une aide médicale et psychologique est apportée aux victimes de violences sexuelles dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où 7 000 femmes et filles ont été violées cette année seulement, les Nations Unies et les travailleurs humanitaires sur le terrain affirment que le financement est insuffisant pour répondre de manière appropriée à des problèmes cruciaux.

Tandis qu’une aide médicale et psychologique est apportée aux victimes de violences sexuelles dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où 7 000 femmes et filles ont été violées cette année seulement, les Nations Unies et les travailleurs humanitaires sur le terrain affirment que le financement est insuffisant pour répondre de manière appropriée à des problèmes cruciaux.

« L’intérêt accru de la communauté internationale pour [la question] des violences sexuelles en RDC a entraîné une hausse significative du financement, doublée d’un manque disproportionné d’évaluations des véritables besoins sur le terrain et d’une mauvaise compréhension de la complexité des problèmes », note-t-on dans le document Comprehensive Strategy on Combating Sexual Violence in the DRC [Stratégie globale pour combattre la violence sexuelle en RDC], publié en 2009 par le Bureau du Conseiller spécial et coordinateur en matière de violence sexuelle en RDC.

« Les efforts sont répartis de manière inégale […] Le programme se concentre essentiellement sur deux secteurs : le soutien médical et judiciaire aux victimes de violences sexuelles, tandis que les autres secteurs [bénéficient de] très peu d’interventions », lit-on dans le document.

La prévention et la réintégration font partie des axes qui, proportionnellement, reçoivent le moins de financement et d’attention.

« Traiter seulement le résultat de la violence sexuelle est catastrophique. Personne ne se préoccupe vraiment de régler le problème à la source ou de considérer la situation dans son ensemble. Si on se contente de prendre soin des femmes violées, on continuera à le faire jusqu’à la fin des temps », a dit Butros Kalere, de l’organisation non gouvernementale (ONG) Women for Women.

Parmi ceux qui ressentent les effets du manque de ressources se trouve Heal Africa, une ONG basée à Goma, la capitale du Nord Kivu, qui fournit des soins médicaux et sociaux aux habitants de la région.

« La violence sexuelle n’est pas seulement un problème physique, mais, souvent, nous manquons de financement et nous devons nous contenter d’apporter notre aide aux victimes immédiates », a dit à IRIN Jean Robert Likofata Esanga, coordonnateur de santé communautaire de Heal Africa, ajoutant que les programmes se penchant sur la prévention, la réhabilitation et la réintégration étaient ceux qui souffraient en permanence d’un manque de ressources.

Selon Tasha Gill, chargée de la protection de l’enfant auprès du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) en RDC, les programmes de prévention efficaces « utilisent le plaidoyer et la sensibilisation pour mobiliser les communautés en passant par leurs chefs, identifiant les problèmes et œuvrant en faveur de changements à long terme dans les normes sociales locales. Ils cherchent également à protéger les plus vulnérables ».

Mme Gill a également fait remarquer que les Nations Unies prévoyaient d’améliorer, au cours des prochaines années, le financement direct afin que « les ressources allouées à ce type de programmes de prévention ne passent plus entre les mailles du filet ».

Mais les organisations qui œuvrent dans le domaine de la protection sont aussi touchées. « Nous avons généralement pour objectif de réduire la vulnérabilité et de protéger 1 000 femmes habitant les communautés situées en périphéries de Goma en leur offrant des formations et des cours d’alphabétisation et en finançant une partie de leurs activités », a expliqué un employé de l’une de ces ONG. « Maintenant que nos donateurs veulent que nous travaillions davantage sur des ‘urgences’, et que nous sommes confinés à travailler uniquement dans les camps de personnes déplacées, c’est très difficile, parce que les gens arrivent et repartent rapidement. On peut difficilement assurer un suivi et offrir une formation cohérente ».

Réintégration

Parmi les objectifs de réintégration des Nations Unies, on compte notamment le fait d’« assurer la satisfaction de la victime et de garantir la non récurrence des violences sexuelles », de même que l’offre de soins psychosociaux. Toutefois, à cause du manque de ressources, de la complexité de la coordination et des distances à couvrir en termes de transport et d’offre de services, ces services demeurent fragmentés. En juillet, même dans le camp de personnes déplacées Kibati I, à Goma, des femmes sont reparties sans avoir pu bénéficier d’assistance, de cours d’alphabétisation ou de formations.

Comme l’a indiqué Constance, une conseillère de Heal Africa : « Nous aimerions permettre à chacune des victimes de se réintégrer en douceur dans la société et de continuer à bénéficier d’une assistance psychosociale, mais nous sommes limités à une clinique ou un centre de formation. Nous n’avons pas les fonds pour aider chacune de ces femmes à réintégrer la société ».

Le plan idéal des Nations Unies pour la réintégration prévoit également l’adoption d’une « approche centrée sur les compétences des victimes ». Certaines ONG bénéficient de ressources pour offrir aux femmes la possibilité d’acquérir des compétences pendant leur séjour à l’hôpital, mais les compétences développées ne peuvent pas toujours être mises en pratique, en raison de la situation géographique ou de la disponibilité des équipements ou du matériel nécessaires.

Par exemple, les femmes sont limitées dans la mise en pratique de leurs compétences en couture parce qu’elles n’ont pas accès à une machine à coudre, tandis que l’amélioration de leur niveau d’éducation est limitée par le manque d’écoles.

« Les services médicaux, judiciaires et de protection ainsi que les soins psychosociaux sont essentiels pour les victimes de violences sexuelles, mais ces services doivent également permettre aux femmes de subvenir aux besoins de leur famille… pour qu’elles sentent qu’elles peuvent aller de l’avant et prendre soin de leurs enfants », a dit à IRIN Mendy Marsh, experte indépendante sur la violence sexuelle.

Tant que les bailleurs de fonds des programmes de lutte contre la violence sexuelle en RDC ne feront pas de cela l’une de leurs priorités, le financement et les programmes de prévention et de réhabilitation devront se contenter d’un faible pourcentage des ressources disponibles.