RDC : Moïse Katumbi de nouveau harcelé par le pouvoir

En RDC, le climat se tend et le pouvoir se raidit à mesure que se réduit le délai constitutionnel en vue de la tenue de l’élection présidentielle. Le dernier à en avoir fait les frais n’est autre que Moïse Katumbi, dont le combat en faveur du respect de la Constitution en RDC n’est pas du goût du régime du Président Joseph Kabila.

Le très populaire président du Tout Puissant Mazembé, sa femme et ses enfants, ont été bloqués hier durant plus de deux heures à l’aéroport de Luano par des agents de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR). Le même jour, des membres du mouvement citoyen la Lucha étaient condamnés à de lourdes peines de prison. Dans son rapport annuel, Amnesty International fustige le recul des libertés publiques et de la liberté d’expression en particulier, au Congo-Kinshasa.

Mercredi 24 février, le dernier gouverneur de l’ex-Katanga s’est rendu en compagnie de son épouse et de ses enfants à l’aéroport international de la Luano. Destination Kashobwe, une localité du district du Haut-Katanga, son fief natal, situé le long de la rivière Luapula à la frontière entre la RDC et la Zambie, à moins de 20 km du lac Mwero. Une cité rurale devenue modèle grâce aux politiques de développement mises en œuvre à l’époque par Moïse Katumbi, alors gouverneur provincial, et qui s’est muée en un site touristique majeur doté d’un hôtel trois étoiles, d’un supermarché, d’un hôpital moderne et de diverses autres infrastructures.

A peine embarqués, aussitôt débarqués

Après les formalités d’usage, Moïse Katumbi et sa famille ont pris place à bord d’un avion privé loué pour l’occasion, son jet médicalisé ayant été frappé d’interdiction d’atterrir à Lubumbashi pour d’obscures raisons. Mais à peine embarqués, aussitôt débarqués. Des agents de l’ANR montent alors à bord de l’aéronef et leur indiquent sans aucune forme de procès que l’avion ne peut finalement quitter le tarmac. Moïse Katumbi n’a d’autre choix que de s’exécuter et est alors contraint, avec femme et enfants, de quitter l’avion. Ce n’est finalement qu’au terme de deux heures d’intenses tractations qu’ils pourront décoller.

Dans une vidéo disponible sur les réseaux sociaux, Moïse Katumbi, visiblement très remonté, met directement en cause l’administrateur général de l’Agence Nationale des Renseignements (ANR). Kalev Mutomb aurait, selon l’emblématique président du Tout Puissant Mazembé, « instruit ses services » pour qu’il ne quitte pas Lubumbashi.

Cet épisode n’est que le dernier d’une longue série de harcèlements, de tentatives d’entraves et d’intimidations dont sont victimes Moïse Katumbi et ses proches depuis plusieurs mois. Il rappelle d’ailleurs la récente arrestation, jugée arbitraire, du député d’opposition Martin Fayulu à la veille de l’opération « ville morte » au Congo-Kinshasa. Surtout, ces événements interviennent alors que la situation des libertés publiques ne cesse de se dégrader en RDC.

Condamnation injuste de militants de la Lucha

Le même jour en effet, le tribunal de grande instance de Goma a condamné six militants du mouvement citoyen la Lucha à une lourde peine de deux ans de prison ferme pour « incitation à la révolte ». Les membres du mouvement citoyen avaient été arrêtés le 16 février, juste avant la tournée de l’équipe nationale de football victorieuse au Chan à Kigali, et alors que l’opposition et la société civile appelaient à une journée ville morte pour réclamer le respect des délais constitutionnels.

Un climat de plus en plus tendu en matière de libertés publiques

Dans son rapport annuel, l’ONG Amnesty International relève qu’en RDC « l’État a réprimé plus durement les mouvements de contestation contre les efforts déployés par le président Kabila pour se maintenir au pouvoir… Les violations des droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique se sont accrues. Des défenseurs des droits humains, de jeunes militants et des responsables politiques ont été menacés, harcelés, arrêtés arbitrairement et, parfois, condamnés pour l’exercice pacifique de leurs droits ». De fait, la situation est de plus en plus tendue à mesure que se rapproche la date fatidique de l’élection présidentielle (fixée au 27 novembre 2016 en vertu de la Constitution). L’opposition accuse le Pouvoir du Président Kabila de fournir peu d’efforts pour tenir ces délais constitutionnels.

Sur son compte Twitter ce matin, Moïse Katumbi a déclaré : « Les six jeunes de la Lucha condamnés, l’ANR qui me bloque avec ma famille à l’aéroport… La RDC sombre dans la dictature. Nous combattrons cela », a-t-il promis. De son côté, son principal conseiller, Salomon Idi Kalonda Della, sur Twitter toujours, dénonçait lui des « méthodes dictatoriales » avant de noter qu’en RDC, « l’Etat de droit recule au profit de l’Etat policier ». Et l’homme de confiance de Moïse Katumbi de conclure : « Tout Congolais doit condamner et lutter ». De Kinshasa à Lubumbashi, en passant par Kisangani, ce point de vue est partagé par une majorité de la population congolaise, de plus en plus fatiguée de voir la démocratie foulée aux pieds.