RDC : l’entourage de Kabila concentre ses attaques sur Katumbi


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Alors que le régime du Président Kabila fait de plus en plus l’objet de contestations à l’intérieur du pays et de vives critiques à l’extérieur, la Majorité présidentielle au Congo-Kinshasa tente de reprendre la main en poursuivant son offensive contre les contestataires. Dans sa ligne de mire, Moïse Katumbi, qu’elle considère comme le prétendant le plus dangereux à la succession de Joseph Kabila.

En quittant la Majorité présidentielle (MP), Moïse Katumbi, le très populaire dernier Gouverneur de l’ex-Katanga, serait-il passé du statut d’adversaire politique à celui d’ennemi tout court ? Tout porte à le croire, à en juger par la séquence de ces derniers jours. Le PPRD, et plus particulièrement l’entourage proche du Président Kabila, poursuit son acharnement envers celui qui s’est récemment déclaré candidat à une élection présidentielle, censée se tenir le 27 novembre 2016; en vertu de la Constitution congolaise.

Acharnement judiciaire

Depuis plusieurs semaines, celui que le régime a désigné de fait comme son opposant numéro un fait l’objet d’une procédure judiciaire pour recrutement supposé de mercenaires étrangers. Une accusation jugée « grotesque » par la plupart des observateurs internationaux et des ONG locales, qui voit dans cet « acharnement judiciaire » un stratagème plus ou moins habile visant à écarter de la course à la Présidentielle celui qui en est l’un des grands favoris.

Violences physiques

mkcvict3.jpg Mais la semaine dernière, qui fût marquée par une série d’auditions de Moïse Katumbi au Palais de Justice de Lubumbashi, la violence est encore montée d’un cran. Sevrées de gaz lacrymogène, les forces de l’ordre congolaises, cornaquées par des membres de la garde présidentielle et des agents de l’ANR, ont dispersé l’immense foule venue soutenir et protéger son « Préso » au moyen notamment de… pierres. Parmi les nombreux blessés, on compte un député national, Dany Banza, mais aussi Abraham, le grand frère de Moïse Katumbi, ainsi que… l’ex-Gouverneur du Katanga lui-même. Admis en soins intensifs au C.M.C en raison de douleurs au cou et aux côtes « provoquées par les brutalités policières », son état de santé, jugé préoccupant, a contraint le Parquet général de la République à suspendre pour dix jours les auditions. En effet, trois médecins ont été envoyés par le Gouvernement pour l’ausculter. Ils ont conclu à une incapacité d’activité pour quinze jours, mais le procureur de Lubumbashi a, lui, estimé que dix jours suffiraient. Point trop n’en faut pour l’opposant, manifestement…

Violences verbales

Mais alors qu’il pensait peut-être bénéficier de quelques jours de répit à l’occasion de ce weekend de Pentecôte, « l’acharnement de la MP », selon les termes d’un membre de la Lucha à Lubumbashi, est reparti de plus belle ; dans les discours cette fois-ci. Et dans cet exercice, certains se sont distingués plus que d’autres. C’est le cas de Lambert Mende, le porte-parole du Gouvernement, qui a ainsi déclaré, le 11 mai dernier : « Moïse Katumbi a annoncé précipitamment sa candidature pour échapper aux poursuites judiciaires ». Puis ce fût au tour de l’actuel Gouverneur du Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe, de menacer Moïse Katumbi « de le lever de son lit d’hôpital et de le transférer à Kinshasa ».

Quant à Henri Mova, le Secrétaire général du PPRD, il s’en est pris, dans un discours prononcé à l’occasion des célébrations du 17 mai 1997, à Moïse Katumbi et à tous ceux qui « en Occident » veulent, selon lui, appuyer « une insurrection ». « Ceux qui vont tenter de troubler l’ordre public ou de renverser les institutions…trouveront la police et l’armée sur leur route. Ils nous trouveront nous, les militants du PPRD, soldats de Joseph Kabila », a-t-il déclaré devant une foule clairsemée. « Mova adopte un discours de confrontation, très menaçant. Il est dans une surenchère verbale permanente, comme le montrent ses attaques récentes contre Moïse Katumbi et l’Occident », analyse Michael Tshibangu, Président de l’Association pour le développement et la démocratie au Congo. « Il se drape des oripeaux du patriotisme pour masquer les dérives totalitaires du régime. Il me rappelle un peu l’ivoirien Charles Blé Goudé (l’ancien leader des jeunes patriotes en Côte d’Ivoire, traduit devant la CPI), le charisme et la verve en moins », ajoute celui qui est par ailleurs l’un des twittos les plus influents sur la RDC. Des sources au sein du PPRD à Kinshasa évoquent l’hypothèse de Henri Mova comme dauphin possible du Président Kabila… De quoi attiser un peu plus les tensions au sein d’une Majorité parlementaire où la guerre « fratricide » entre le Premier ministre, Matata Ponyo, et le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, fait rage.

Pas sûr toutefois que cette stratégie soit efficace. « Kabila a voulu anéantir Katumbi. Il en a fait un martyr », résume un professeur de sciences politiques à l’UniKin. Alors que la RDC est possiblement sous le coup de sanctions internationales (de la part des Etats-Unis et de l’Union Européenne notamment), dans l’entourage du « Préso » Moïse, on se déclare « nullement impressionné et plus que jamais déterminé à poursuivre la lutte pacifique et démocratique en faveur du respect de l’Etat de droit en RDC ». Le bras de fer continue.

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