RDC, Juvénal Munubo : « Bâtir l’Union contre Joseph Kabila »!

Le député de la République démocratique du Congo, Juvénal Munubo, s’est longuement confié à AFRIK.COM sur les enjeux des prochains scrutins congolais en exposant les positions de l’UNC de Vital Kamerhe.

AFRIK.COM : Quelle est la raison de votre présence actuelle en Europe?

Juvénal Munubo : Je participe à une réunion interparlementaire à Genève où sont abordées des questions aussi majeures que celles de l’immigration, de la protection du patrimoine culturel, de la lutte contre le réchauffement climatique… Le deuxième objet de mon voyage est de superviser les activités de l’UNC, et de voir comment redynamiser et renforcer ses structures européennes à la veille d’échéances importantes, dans lesquelles la diaspora congolaise à un grand rôle à jouer. Le troisième objet est d’échanger avec les différentes parties prenantes au processus électoral au Congo, notamment les responsables de l’Afrique centrale au Quai d’Orsay, mais aussi Koen Vervaeke, coordonnateur de l’Union Européenne pour la région des Grands Lacs, et le Directeur Afrique du ministère allemand des Affaires étrangères, et ainsi de suite… L’objectif étant de leur rendre compte des difficultés rencontrées dans la conduite du processus électoral et de voir ensemble comment en surmonter les obstacles.

AFRIK.COM : Pensez-vous que le fait de venir chercher des soutiens à l’extérieur de la RDC puisse être utile pour éviter un glissement du calendrier électoral ?

Juvénal Munubo : Bien évidemment, la première pression doit être celle de l’opposition congolaise et celle de la société civile congolaise. L’appui des envoyés spéciaux peut être également décisif surtout si le message adressé est clair. C’est d’ailleurs le cas, puisque ceux-ci insistent sur la nécessité d’une concertation au sein de la tripartite (gouvernement, opposition, CENI). Nous voulons que le gouvernement tienne les délais fixés pour les élections, et la commission tripartite est le bon cadre pour en fixer les modalités. A condition naturellement que les échanges y soient sincères.

AFRIK.COM : Mais le calendrier électoral tel qu’il a été fixé par la CENI, il y a quelques mois, n’est-il pas surchargé ?

Juvénal Munubo : Le calendrier actuel n’est pas réaliste, 7 scrutins doivent être organisés pour les 13 mois qui restent. D’autre part, il faut mener à bien la révision du fichier électoral, assurer le financement des élections, il y a beaucoup à faire… Mais le dialogue politique élargi tel que préconisé par le chef de l’Etat n’est pas la solution. Il faut aller vite et pour cela le seul cadre qui vaille est celui de la Commission tripartite.

AFRIK.COM : Ne voyez-vous pas une possible réplication du dialogue national qui a eu lieu au Congo Brazzaville à Kinshasa ?

Juvénal Munubo : A Brazzaville, le dialogue a été dicté par le souci pour le Président d’obtenir un nouveau mandat en dépit de la Constitution. En RDC, un tel scénario peut également être envisagé. Il y a quelques semaines, deux députés de la majorité présidentielle ont déposé un projet de Loi portant organisation d’un Référendum sur ce même sujet. C’est une initiative totalement inopportune en RDC. Il faut demeurer vigilant, même si Kinshasa n’est pas Brazza… Chaque pays ayant ses spécificités.

AFRIK.COM : Tout de même ne craignez vous pas que les cas burundais, congolais ou rwandais ne confortent le Président Kabila dans sa volonté de solliciter un nouveau mandat?

Juvénal Munubo : Il est vrai que l’évolution de la situation dans certains pays d’Afrique centrale est de nature à inspirer Joseph Kabila. Mais la grande différence c’est qu’en RDC le peuple est en mesure d’exprimer fortement son ras-le-bol et donc de s’opposer à toute tentative de modification ou de violation de la Constitution actuelle comme l’a démontré la mobilisation de janvier dernier. En outre, l’opposition se fédère, et son cercle s’élargit (avec le MLC de Jean-Pierre Bemba ou encore le G7, dont les leaders sont sortis de la majorité parlementaire sur ce point). La mobilisation risquerait donc d’être croissante dans les semaines à venir si les signes d’un glissement du calendrier électoral persistaient ! Pour prendre une métaphore, je dirais qu’aujourd’hui, le drapeau Orange pour notre pays est sorti, mais si nous attendons encore un peu, ce sera alors le drapeau Rouge. Le timing est serré et je crains que les retards ne continuent de s’accumuler dans la mise en place d’éléments essentiels à la bonne tenue des élections (achats de matériel électoral et mise à jour du fichier).

AFRIK.COM : Vous plaidez toujours en faveur du report des élections locales ?

Juvénal Munubo : Oui tout à fait, car le calendrier actuel est irréaliste. Il faut donner la priorité aux élections nationales, présidentielle et législatives, qui, selon les termes de la Constitution, doivent être organisées 90 jours avant le 19 décembre 2016. Dans le cas contraire, on se trouverait dans une situation de vacance juridique du pouvoir, préjudiciable au pays. Et a ceux qui tirent argument du fait que les Gouverneurs des Provinces se sont aussi trouvés dans une pareille situation, je réponds que ce n’est pas une jurisprudence heureuse. Pour un gouvernement, se complaire dans l’illégalité est regrettable.

AFRIK.COM : Qu’avez-vous pensé du dernier rapport du FMI qui mentionne le fait que 8 Congolais sur 10 vivent sous le seuil de l’absolue pauvreté ?

Juvénal Munubo : Je partage l’analyse du FMI, en RDC la pauvreté est très grande. Les salaires ne sont pas suffisants pour subvenir aux besoins primaires. A Kinshasa, certaines familles passent 2 jours sans manger ! D’autres, avec enfants, se contentent de 4 véritables repas par semaine! Le gouvernement se targue d’une forte croissance, mais celle-ci n’est nullement partagée. Chanter les louanges de données macro-économiques, cela n’a aucun sens pour la population congolaise qui continue à souffrir au quotidien. Le peuple de RDC est le grand oublié de la croissance. Et en ce domaine, il y a déjà bien longtemps que le drapeau Rouge est sorti !

AFRIK.COM : Vous diriez la même chose en matière de sécurité ?

Juvénal Munubo : Tout comme en matière économique, sur le plan de la sécurité intérieure et extérieure, le bilan du Président Kabila et de son gouvernement est très insatisfaisant. En dépit de la signature par la RDC de l’accord cadre d’Addis-Abeba, l’autorité de l’Etat est ineffective sur toute une partie du territoire à l’est du pays. Des groupes armés continuent d’y dicter leurs lois, comme sur le territoire de Walikale, au Nord Kivu où la population se trouve prise en étau entre des groupes armés rivaux qui s’affrontent pour le contrôle de cette région et de ses richesses. Même préoccupation s’agissant des ADF-nalu… A l’instar de ce qui a été fait contre le M23, les soldats congolais sont prêts à se battre contre ces groupes, il est possible de les réduire à néant, et de stabiliser durablement la région avec notamment un programme de DDR (Démobilisation, Désarmement et Réinsertion) pour les combattants, mais la volonté politique manque. Clairement, le gouvernement ne fournit pas suffisamment d’efforts pour stabiliser l’Est du pays. Certains pensent même que le gouvernement aurait intérêt à cette situation, car cela ferait passer en second la préoccupation des élections.

AFRIK.COM : Pour les élections à venir, êtes-vous partisan d’un front uni de l’opposition?

Juvénal Munubo : C’est souhaitable, il ne faut pas rééditer le scénario de 2011 où la désunion de l’opposition a été l’un des éléments à l’origine de sa défaite… en plus des fraudes massives !
C’est pourquoi, dans les jours qui viennent, nous devrions faire une déclaration commune. L’opposition politique, le G7 et Moïse Katumbi, ainsi que la société civile, car il faut procéder par étape, l’urgence c’est de sauver le processus électoral, ensuite de réaliser l’union sacrée entre tous les défenseurs de la démocratie, et enfin se choisir un candidat commun pour affronter celui de la majorité présidentielle.

AFRIK.COM : Le Président Vital Kamerhe pourrait-il se désister en faveur d’un autre candidat pour la Présidentielle ?

Juvénal Munubo :Chaque chose en son temps. L’urgence c’est de s’unir pour dire non à un troisième mandat du Président Kabila, ensuite nous verrons bien, le moment venu, qui est le mieux placé pour l’emporter. Il faudra alors faire preuve de réalisme. Et comme l’a dit le Président Kamerhe, mettre les égos de côté.

AFRIK.COM : Certains évoquent un possible ticket entre Vital Kamerhe et Moïse Katumbi : vous y croyez ?

Juvénal Munubo : Vital Kamerhe a rencontré récemment Moïse Katumbi. Il s’agissait d’une première rencontre. Ils n’ont pas encore abouti à un accord, mais il était important qu’ils se parlent. Visiblement, Vital Kamerhe et Moïse Katumbi partagent des points de vue convergents. Le plus important c’est d’être sincère. Par ailleurs, l’UNC ne donne pas priorité à un partenaire plus qu’à un autre. Nous les observons tous, et nous souhaitons composer avec eux, l’UDPS y compris, car nous partageons tous le même objectif : faire en sorte qu’au lendemain du 19 décembre 2016 Joseph Kabila devienne sénateur à vie.