RDC : Ebola franchit la barre des 2000 malades

L’épidémie d’Ebola qui sévit  actuellement dans les régions de l’est de la République démocratique du Congo se propage à un rythme rapide à cause de la violence et de l’insécurité liée à des attaques de milices armées rendant la population locale plus difficile à vacciner. La barre symbolique des 2 000 cas vient d’être franchie pour 1346 personnes décédées.

Depuis le début de l’épidémie du virus Ebola, le cumul des cas est de 2.008, dont 1.914 confirmés et 94 probables. Au total, il y a eu 1.346 décès (1.252 confirmés et 94 probables) et 539 personnes guéries. 281 cas suspects sont en cours d’investigation.

130 000 personnes ont été vaccinées depuis le début de l’épidémie en République démocratique du Congo.

Distribution des cas de Maladie à Virus Ebola (MVE) par zone de santé dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu au 2 juin 2019

La barre des 2.000 cas a été passée le dimanche 2 juin 2019. Malgré ce cap, les évolutions de ces dernières semaines sont positives bien que la vigilance reste de mise. Parmi les évolutions positives, nous comptons :
– Légère amélioration de la situation sécuritaire : La dernière attaque armée contre les équipes et les opérations de la riposte contre Ebola, qui avait coûté la vie au Dr Richard Valery Mouzoko Kiboung, remonte à plus d’un mois. Bien que les menaces contre la riposte restent élevées, la réduction du nombre d’attaques ciblées a permis aux équipes de rattraper une partie de leur retard pour contenir la propagation de l’épidémie. Toutefois, la situation sécuritaire reste instable et imprévisible. En ce qui concerne les incidents liés à la réticence ou la résistance communautaire, la majorité de ces incidents sont résolus grâce à l’implication des leaders communautaires, des sensibilisateurs et des experts psychosociaux.
– Confinement géographique de l’épidémie : Malgré les difficultés des équipes de riposte à faire leur travail à cause de la situation sécuritaire, l’épidémie continue à être contenue géographiquement, protégeant ainsi le reste du pays et les pays voisins. A ce jour, aucun cas d’Ebola n’a traversé les frontières de la République Démocratique du Congo et l’épidémie ne s’est pas propagée dans les grands centres urbains les plus à risques, à savoir Goma, Bunia et Kisangani. Toutefois, le risque reste élevé compte tenu des mouvements importants de la population. Par ailleurs, depuis le début de l’épidémie, 188 aires de santé réparties dans 22 zones de santé, à travers les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, ont enregistré au moins un cas d’Ebola. A la date du 2 juin 2019, neuf zones de santé, dont 106 aires de santé (soit 56% du total), ont passé plus de 21 jours sans notifier de nouveaux cas confirmés. Les neuf zones de santé concernées sont Kyondo, Oicha, Kayna, Mutwanga, Komanda, Bunia, Rwampara, Nyankunde et Tchomia.
Les principaux défis devant être relevés pour mettre fin à cette épidémie sont :
– La surveillance épidémiologique : Afin de pouvoir briser la chaîne de transmission, tous les contacts des cas confirmés doivent être listés et suivis pendant 21 jours. Or, parmi les 911 nouveaux cas confirmés enregistrés entre le 1e janvier et le 7 mai 2019, seulement 398 (44%) étaient enregistrés comme contacts suivis. Ainsi, il faut renforcer le listage et le suivi des contacts en impliquant davantage les autorités et leaders communautaires.
La prévention et le contrôle des infections (PCI) : Les mesures de prévention et contrôle des infections doivent être renforcées dans les formations sanitaires communautaires afin de réduire le taux d’infection nosocomiale. Entre 25 et 30% des contaminations ont lieu dans des formations sanitaires.
– Les décès communautaires : Le taux de décès communautaires reste élevé. Entre 28 et 43% des décès notifiés chaque semaine ont lieu en dehors d’un centre de traitement d’Ebola ou un centre de transit. Ces décès ont lieu soit dans des hôpitaux et cliniques privés, dans des centres de santé communautaires ou à la maison. Or, la contagiosité d’un malade étant maximale après sa mort, les enterrements dignes et sécurisés permettent de limiter la propagation communautaire du virus. Ce qui est positif c’est que la majorité des décès communautaires bénéficient d’un enterrement digne et sécurisé.
Une analyse complète de l’évolution de l’épidémie d’Ebola en cours est disponible dans un article scientifique rédigé notamment par Dr Oly Ilunga Kalenga, Dr Tedros A. Ghebreyesus et Dr Matshidiso Moeti.