RDC, dialogue Cenco : Kamerhe, Mutond et Thambwe contre Katumbi

Le retour de Moïse Katumbi au Congo ? Le départ du défaillant Corneille Naanga à la tête de la CENI ? Ils n’en veulent pas. « Ils », ce sont Alexis Thambwe Mwamba, le ministre de la Justice, et Kalev Mutond, l’administrateur général de l’ANR, deux des faucons du régime, qui défendent – officiellement pour l’un, officieusement pour l’autre – les positions de la Majorité présidentielle au dialogue en cours à Kinshasa sous l’égide de la CENCO. Dans leur entreprise de défense jusqu’au-boutiste du pouvoir, ces « kabilistes pur jus » trouvent en Vital Kamerhe un soutien précieux. Explications.

Le dialogue en cours en RDC, conduit par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) en vue d’épargner au plus grand pays d’Afrique francophone une crise politique majeure, pourrait connaître son épilogue dans les heures à venir. Si des points de convergences semblent avoir été trouvés (élection présidentielle en 2017, non modification de la Constitution, impossibilité pour Joseph Kabila de se représenter pour un nouveau mandat, etc.), d’autres sujets font encore l’objet de divergences profondes entre la délégation du Rassemblement de l’Opposition (d’Etienne Tshisekedi et Moïse Katumbi) et celle du camp des « dialoguistes de Tshatshi », réunissant pour l’essentiel la Majorité présidentielle (MP) et une frange de l’opposition, dont l’UNC de Vital Kamerhe.

« Nous ne sommes pas loin d’un accord », indique une source proche de la médiation. « Mais certaines personnes créent des points de crispation artificiels pour faire capoter les négociations », s’agace-t-elle. Ces personnes, dit notre source, « ce sont Alexis Thambwe Mwamba, le ministre de la Justice, et Kalev Mutond, l’Administrateur général de l’Agence nationale de renseignements » qui ne prend pas part directement au dialogue mais qui y est très influent
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Un ex-collaborateur du Président Kabila explique : « Alexis Thambwe a instrumentalisé la justice et Kalev Mutond est à l’origine de la création de fausses preuves destinées à faire condamner des opposants politiques comme Moïse Katumbi. Ils n’ont pas dit toute la vérité au chef de l’Etat. Aujourd’hui, Thambwe et Kalev redoutent par-dessus tout le retour de Katumbi. Si la vérité éclate, la sanction pour eux sera sévère. »

Alexis Thambwe Mwamba et Kalev Mutond cherchent à sauver leur peau
Mais Joseph Kabila pouvait-il ignorer à ce point que la plupart des dossiers montés contre les opposants politiques, notamment Moïse Katumbi, relevait d’une machination politique ? Pour répondre, notre source use d’une métaphore : « c’est comme si Joseph Kabila était en phase terminale de cancer politique. Il se sait condamné à lâcher le pouvoir, même si au fond de lui il ne le souhaite pas. Par conséquent, toute personne qui se présente en lui disant : ‘j’ai la solution pour écarter ton principal rival’, et bien il l’écoute, même si cette personne est un charlatan ».

Et notre interlocuteur de poursuivre : « Joseph Kabila est dans un état psychologique proche de celui de Jean-Pierre Bemba en mai dernier à la veille de la décision de la CPI. Voulant à tout prix recouvrer la liberté, le leader du MLC était prêt à considérer toutes les options susceptibles de le libérer, y compris les plus fantasques comme celles de la MP qui lui promettait alors de faire des pressions diplomatiques pour l’élargir. C’était totalement illusoire. Mais Bemba était si désespéré qu’il était prêt à y croire », analyse-t-il.

En effet, Joseph Kabila a bien signifié aux évêques congolais, rencontrés il y a quelques jours, qu’il n’était pas opposé par principe au règlement du dossier Katumbi. Seul le cas d’Eugène Diomi Ndongala lui posait problème « sur le plan moral », leur a-t-il fait savoir. Une position qui confirmerait que les intérêts de Joseph Kabila et de certains caciques du régime ne sont pas tout à fait alignés…

Vital Kamerhe manœuvre pour écarter Moïse Katumbi de la course

Dans leur entreprise de défense farouche d’un régime qu’ils n’ont pas intérêt à voir chuter, Alexis Thambwe et Kalev Mutond trouvent en la personne de Vital Kamerhe un utile soutien. « Kamerhe a annoncé très tôt la perspective d’un accord entre les dialoguistes de Tshatshi et le Rassemblement. Comme s’il voulait forcer la main à l’opposition ou récupérer les lauriers d’un futur accord », indique un analyste politique congolais.

Notre source proche de la médiation confirme, de son côté, que « parmi les personnalités qui s’opposent avec le plus de virulence à un règlement du cas Katumbi, on retrouve Vital Kamerhe ». « Le leader de l’UNC anticipe le fait que Kabila ne sera pas candidat lors de la prochaine présidentielle. Il fait donc tout pour écarter de la course le favori du scrutin – Katumbi – afin de s’aménager des chances de succès », avance notre analyste politique en guise d’explication.

Entre Vital Kamerhe, Alexis Thambwe et Kalev Mutond, l’entente semble parfaite. Et les sujets sur lesquels leurs positions sont alignées nombreux. C’est le cas notamment de Corneille Naanga. Les trois hommes plaident pour le maintien à la tête de la CENI – l’institution chargée de l’organisation des élections – de cet homme pourtant très critiqué et peu connu jusque-là pour son indépendance vis-à-vis du régime…

« Thambwe et Kalev cherche à sauver leur peau ; Kamerhe à écarter de la course à la présidentielle le favori. Pour tous les trois, le retour en RDC de Moïse Katumbi serait une catastrophe », conclut notre analyste politique. Y aura-t-il un accord politique pour Noël au Congo-Kinshasa ? Visiblement, pour y parvenir, il faudra passer outre certains intérêts particuliers.

Pas d’accord sans mesures de décrispation politique préalables

Autre point d’accord entre Vital Kamerhe, Alexis Thambwe et Kalev Mutond, la définition du concept d’« opposition ». Pour les « dialoguistes de Tshatshi », l’acception du terme doit être large et recouvrée également l’opposition signataire de l’accord du 18 octobre. Cela permettrait ainsi d’envisager le maintien à la tête du Gouvernement de Samy Badibanga, le tout nouveau titulaire du poste, nommé cette semaine. « La Majorité présidentielle a verrouillé tous les postes clés dans le nouveau gouvernement : l’Intérieur, la Justice, les Finances… Maintenir Badibanga, qui est suffisamment flexible, est une solution idéale pour elle. Elle le contrôlerait tout en disant à l’extérieur qu’elle pratique une politique d’ouverture vis-à-vis de l’opposition. » Une option qui est cependant catégoriquement rejetée par le Rassemblement.

En attendant, à défaut de consensus entre les parties au dialogue, les évêques sont repartis ce samedi 24 décembre après-midi dans leur diocèse pour la célébration des messes de Noël. Ils seront de retour mardi prochain à Kinshasa pour la mise en place d’un « conseil de rédaction » devant rédiger la mouture finale de l’accord. Sa signature est, elle, prévue pour le vendredi 30 décembre. Entre temps, les évêques entendent bien mettre à profit les quelques jours qui leur restent durant la semaine à venir, pour tenter de rapprocher au maximum les points de vue des parties prenantes.

Mais le Rassemblement de l’opposition a fermement mis en garde : aucun accord ne sera signé sans, qu’au préalable, les mesures de décrispation politique aient été effectivement mises en œuvre, en particulier dans les sept cas les plus emblématiques : ceux de Moïse Katumbi, Jean-Claude Muyambo, Floribert Anzuluni, Roger Lumbala, Antipas Mbusa, Eugène Diomi Ndongala et Moïse Moni Della. « Si la MP ne mettait pas en œuvre ces mesures simples et de bon sens, ce serait bien la preuve qu’elle ne négocie pas de bonne foi », prévient un responsable du Rassemblement.