RDC : des journalistes sous pression

Il a beaucoup été question de droits de l’homme au sommet de la Francophonie, organisé du 12 au 14 octobre à Kinshasa. Mais aussi des droits de la presse. Les associations Reporters sans frontières et Journaliste en danger ont profité de l’occasion pour faire la lumière sur les conditions d’exercice difficiles des journalistes en République Démocratique du Congo. Des conditions qui se seraient détériorées depuis 2011.

« Je souhaiterais simplement pouvoir rendre compte des choses telles que je les vois », raconte Ana (le nom a été changé, ndlr), une journaliste congolaise qui travaille dans le Nord-Kivu, contrée particulièrement sensible en raison des affrontements réguliers entre rebelles du M23 et l’armée congolaise. D’après le rapport présenté jeudi dernier par Reporters sans frontières (RSF) et Journaliste en danger (JED), juste avant l’ouverture du sommet de la Francophonie, huit journalistes auraient été assassinés depuis 2005 en République Démocratique du Congo (RDC). Et 160 cas d’atteintes à la liberté de la presse auraient été répertoriés en 2011 et près de 130 pour l’année 2012. Le pays est 145e sur 179 au classement mondial 2011-2012 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Arrestations, cas de menaces et agressions, censures… Il n’est pas toujours simple d’exercer son métier de journaliste en RDC. Pour la couverture du conflit au Nord-Kivu, par exemple, Ana sait qu’elle doit davantage donner le point de vue du gouvernement que celui des rebelles. « On n’a pas vraiment de consignes à ce sujet, mais on sait ce qu’on doit faire pour que notre papier ait une chance d’être accepté par la rédaction. Le problème, aussi, c’est que si l’on s’intéresse un peu trop aux rebelles, on peut nous accuser de complicité », déplore-t-elle.

Les atteintes à la liberté de la presse se multiplient

Pour Journaliste en danger et Reporters sans frontières, les atteintes à la liberté de la presse se sont multipliées en 2011, notamment en fin d’année, période d’élection présidentielle et législatives. « La situation a été particulièrement tendue à la fois sur le plan de la campagne politique, mais aussi sur celui de l’information », explique Ambroise Pierre, responsable du bureau Afrique à Reporters sans frontières. La réélection du président Joseph Kabila avait été contestée, tout comme le scrutin des législatives remportées elles aussi par le parti du chef d’Etat sortant et ses alliés. Un contexte difficile pour les journalistes, auquel s’ajoute, selon JED et RSF, « une nette dégradation de la situation sécuritaire dans l’est du pays, avec l’apparition d’un nouveau mouvement rebelle dénommé M23 », à l’été 2012.

Selon Ambroise Pierre, les atteintes à la liberté de la presse viennent pour beaucoup des autorités qu’elles soient « provinciales, régionales et étatiques ». Dans leur rapport, JED et RSF pointent du doigt l’ANR, l’Agence nationale des renseignements, accusée d’arrêter arbitrairement les journalistes et de les traiter « hors du circuit judiciaire normal » où ils peuvent être amenés à être « humiliés, agressés, torturés ». Les associations remettent par ailleurs en cause certains dispositifs législatifs jugés « liberticides » et cherchant, selon eux, à empêcher les professionnels de l’information de trop s’intéresser à l’armée et aux questions sécuritaires sous peine d’être notamment accusés de trahison.

Rappeler ses promesses au président Kabila

En rendant public ce rapport à l’occasion de la Francophonie, Reporters sans frontières et Journaliste en danger espéraient surtout rappeler au président Kabila ses promesses faites deux ans plus tôt au sommet de la Francophonie de Montreux, en Suisse. Celui-ci avait alors affirmé « la détermination du gouvernement congolais à faire en sorte qu’aucun crime – que ce soit contre les journalistes ou contre la population (…) ne reste plus impuni ».

Problème : pour l’heure, selon les défenseurs de la liberté de la presse, « aucune enquête sur un assassinat de journaliste n’a abouti au moindre résultat concluant. » Ils s’inquiètent du sort de trois de leurs confrères, l’un incarcéré à la prison de Kinshasa, les deux autres actuellement retenus par l’Agence nationale des renseignements.