RDC : alerte! Plusieurs artistes internationaux arrêtés


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C’est dans le quartier populaire de Masina, dans la banlieue de Kinshasa, que les artistes sénégalais et burkinabè Fadel Barro, Fou Malade, Aliou Sané (du mouvement Y’en a marre) et du Collectif Congolais Lucha en l’occurrence Ben Kelem, Franck Otete, Sylvain Paluseke ainsi que plusieurs artistes du mouvement burkinabè le « Balai Citoyen » notamment ont été arrêtés dimanche 15 mars 2015 avec d’autres artistes congolais et des journalistes, à la fin d’une conférence de presse organisée pour soutenir le mouvement congolais Filimbi.

Le Chef de l’Etat congolais vient-il de prouver sa fébrilité grandissante et de commettre une nouvelle erreur en s’opposant de manière flagrante à la liberté d’expression des artistes sur le sol congolais?

Redoute-t-il l’exemple donné au Sénégal par le Mouvement « Y’en a marre », regroupant un grand nombre d’artistes issus du mouvement hip hop, qui joua un rôle majeur dans la défaite d’Abdoulaye Wade postulant pour un troisième mandat? Redoute-t-il l’exemple plus récent donné au Burkina Faso par le « Balai citoyen », qui fut l’un des acteurs majeurs de la mobilisation des Burkinabè contre la tentative de modification de la Constitution par laquelle Blaise Compaoré espérait pouvoir briguer un nouveau mandat, et qui le conduisit à la démission puis rapidement à l’exil?

En tous les cas, la méthode suivie pour impressionner les leaders du mouvement citoyen Filimbi est calamiteuse : en provoquant l’arrestation de nombreux artistes africains, au siège de l’ONG « Maboko Na Maboko Pona Congo » (« Main dans la main pour le Congo ») ainsi que d’autres artistes congolais et de journalistes présents, le président sortant vient de donner un visibilité mondiale à ses méthodes de répression de la liberté d’expression en République… démocratique… du Congo.

Selon plusieurs sources concordantes jointes par AFRIK.COM dans le milieu musical congolais, toutes les personnes arrêtées ont été transportées à l’ANR, l’Agence Nationale du Renseignement, pour y être interrogées. Cette répression brutale d’un mouvement démocratique parfaitement transparent éclaire d’une lumière vive les méthodes utilisées par Joseph Kabila pour museler l’opposition.

D’autant plus qu’elle intervient après la répression brutale des manifestations organisées il y a quelques semaines contre le tour de passe passe législatif par lequel le président sortant espérait pouvoir reporter de plusieurs mois la fin de son mandat, répression qui fit plusieurs dizaines de morts…

L’émotion est grande dans le mouvement hip hop, d’un bout à l’autre de l’Afrique, et même au-delà, comme le montre la couverture immédiate par RFI de cette arrestation. « Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue » écrivait Aragon dans son recueil « Les Poètes », en évoquant les figures de Federico Garcia Lorca et de Machado… C’est un fracas comparable que produit aujourd’hui l’arrestation de ces artistes engagés et citoyens, soucieux de mettre leur talent et leur notoriété au service des mouvements citoyens d’un bout à l’autre de l’Afrique.

Désormais « Filimbi » est un nom qui chante et que l’on répète d’un bout à l’autre de la planète : la mobilisation contre leur arrestation va enfler… Et chaque heure qui passera avant leur libération verra grossir les bataillons de ceux qui soutiennent leur combat !

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