Rama Yade : « une erreur » ?

Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a déclaré mercredi que la création du poste de secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme était « une erreur ». Rama Yade, vexée, a réagi immédiatement, défendant le bilan de ses dix-huit mois au pouvoir. Son avenir politique au sein du gouvernement et de l’UMP semble pourtant compromis.

« Une erreur ». C’est en ces termes que Bernard Kouchner a qualifié, dans une interview au journal Le Parisien , mercredi, la création du secrétariat d’Etat aux Droits de l’Homme qu’occupe aujourd’hui Rama Yade. Même s’il reconnaît que la jeune ministre « a fait, avec talent, ce qu’elle a pu », il a estimé qu’il y avait une « contradiction permanente entre les droits de l’homme et la politique étrangère d’un Etat, même en France ». L’ancien humanitaire, qui, un an et demi après sa nomination semble s’être finalement accoutumé à la « realpolitik », a porté un (ultime) coup de grâce à Rama Yade alors qu’elle est déjà sur la sellette.

« J’ai fait beaucoup de choses en dix-huit mois »

La réponse de Rama Yade ne s’est pas fait attendre. Quelques heures plus tard, elle répliquait au chef de la diplomatie : «Personne n’est assez naïf pour croire que la politique étrangère se construit uniquement sur des valeurs » mais « on ne construit jamais rien sur le renoncement ni le sacrifice des valeurs ni des principes», a-t-elle ajouté. Dans un entretien accordé au journal Metro, elle a également estimé avoir effectué « beaucoup de choses en dix-huit mois » dans le domaine des enfants soldats ou encore des violences faites aux femmes.

Le désaveu du ministre des Affaires étrangères arrive alors que Rama Yade est déjà en proie à la colère du président Nicolas Sarkozy. Celui-ci s’est dit « déçu » par le refus de la ministre de conduire la liste francilienne de l’UMP pour les élections européennes de 2009. Dimanche dernier, elle annonçait sur RTL : «Je suis davantage motivée par un mandat national que par un mandat européen. Je veux aller où je suis utile». Réponse immédiate mardi, l’Elysée s’est étonné « qu’au 21ème siècle, on ne soit pas intéressé par les affaires européennes», l’excluant de facto du secrétariat d’Etat aux Affaires européennes pour lequel elle était pourtant favorite.

Quel avenir pour Rama Yade ?

Que va alors devenir Rama Yade ? Son travail est jugé inutile par son ministre de tutelle, elle n’aura pas de promotion aux Affaires européennes et, pis encore, elle risque d’être absente du prochain gouvernement. Les déclarations de Bernard Kouchner s’apparentent à une annonce anticipée du prochain remaniement ministériel prévu en janvier.

Rama Yade bénéficie en tous cas du soutien du sénateur socialiste Robert Badinter. « Madame Rama Yade a fait, je crois, aussi bien qu’elle le pouvait, ce qu’on lui a demandé », a-t-il déclaré mercredi sur France Info. On se souvient de ce qu’elle n’a pas eu la latitude de faire – rencontrer l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) ainsi que la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH) en avril -, ou de ce qu’elle a regretté avoir dit et dû retirer: « la France n’est pas un paillasson » au guide Libyen Kadhafi, «le président Sarkozy émet des conditions à son déplacement » à propos des Jeux Olympiques…

Alors que le monde entier célèbre le 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, signée en 1948 à Paris, le sénateur Badinter a ajouté que les propos de Bernard Kouchner n’étaient pas « un très agréable cadeau d’anniversaire » pour Rama Yade.

La jeune ministre, encensée à son arrivée au pouvoir pour son parcours modèle et son profil atypique, a déclaré à plusieurs reprises ne pas être seulement un faire-valoir, le quota « diversité » du gouvernement. Mais tout comme Rachida Dati, elle doit faire face au désaveu régulier des autres membres du gouvernement. L’évolution des mentalités au sein de la classe politique française semble prendre un peu plus de temps que prévu.