Radicalisation en Israël

La victoire d’Ariel Sharon en Israël apparaît, parmi d’autres signes, comme le symbole d’une radicalisation des rapports intercommunautaires, que ce soit au sein de chaque pays ou dans les relations internationales. Lorsque les rues de Tel-Aviv ou de la Jérusalem juive pavoisent en exaltant le sentiment religieux intégriste et le succès des faucons les plus intransigeants, le doute s’installe sur les capacités de cette société à admettre en son sein, ce qui est pourtant nécessaire, sa composante arabe et musulmane, et les communautés chrétiennes de Palestine.

Plus largement, la victoire de la droite et de la droite extrême en Israël place l’ensemble du Moyen-Orient dans une situation d’affrontement, où les pays arabes, solidaires du combat des Palestiniens pour retrouver une terre, vont surenchérir d’animosité verbale ou diplomatique… Créant une situation d’opposition, préjudiciable au développement économique de toute cette région du monde. Il n’est que de voir le sort lamentable du Liban, hier si prospère, désormais déchiré entre factions religieuses et occupants extérieurs.

Il serait temps de comprendre que le développement et la guerre ne vont pas de pair, que les pays les plus riches sont aussi ceux qui ont su préserver les plus longues périodes de stabilité politique et de paix extérieure. Le coeur de l’Afrique en administre la preuve : le conflit de l’ex-Zaïre n’apporte pas la prospérité aux diverses nations voisines qui se disputent le contrôle de ses richesses : au contraire, l’effort de guerre saigne à blanc les pays qui y participent, Zimbabwe, Angola, mais aussi Ouganda et Rwanda. Le temps et l’argent perdus, les vies humaines gaspillées, rien de tout cela ne se rattrape. Ce sont d’autres, ailleurs, qui en profitent.

La radicalisation des oppositions communautaires a ceci d’absurde qu’elle se retourne, invariablement, contre ceux qui l’ont prônée. Ariel Sharon aura-t-il la force, comme De Gaulle en Algérie, d’imposer à ses propres soutiens une autre solution que celle qu’ils attendent de lui, et de construire la paix là où tout conduit à l’affrontement ? Pour les pays arabes de la région, Egypte en tête, pour Israël même, ce retournement paraît aujourd’hui la seule issue pour éviter une trop prévisible guerre civile, dégénérant en conflit armé régional.