Rached Ghannouchi à Alger : « Je prie Dieu pour le retour d’Abdelaziz Bouteflika au pouvoir »

En déplacement à Alger ce week-end pour participer à la commémoration des 20 ans de l’ex-Hamas, aujourd’hui parti politique islamiste connu sous le nom du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), Rached Ghannouchi, chef du parti tunisien islamiste Ennahda, a fait une déclaration choc, en soutenant ouvertement le président Abdelaziz Bouteflika.

Pourquoi un tel discours à une période de forte tension politique en Algérie? Abderrahim Kader, Professeur de Sciences politiques et chercheur à l’Iris, nous livre son opinion. Décryptage.

« Je ne vois pas pourquoi l’Algérie ira chercher aujourd’hui un président puisqu’elle en possède déjà un qui occupe la place naturelle qui lui sied et qu’il ne peut y avoir de prétendant à ce poste déjà occupé ». En faisant une déclaration pareille, Rached Ghannouchi n’a probablement pas mesuré la portée de ses mots qui ont secoué la classe politique algérienne.

En déplacement à Alger ce week-end pour la commémoration de l’internationale islamiste à l’occasion des 20 ans de l’ex-Hamas, le chef du parti tunisien Ennahda refait encore parler de lui, comme dans la plupart de ses sorties médiatiques.

« Makri est capable d’assumer le poste de président de la République »

Dans un contexte politique particulièrement tendu en Algérie, marqué par une absence du président de la République Abdelaziz Bouteflika au pouvoir, les déclarations de Rached Ghannouchi ne sont pas les bienvenues. Mais ce dernier persiste et signe. « Je prie Dieu pour le retour de son excellence le Président que nous fêterons tous. Il va même un peu plus loin et déclare qu’Abderrezak Makri, nouveau président du MSP, peut devenir président. « Makri est capable d’assumer le poste de président de la République et est qualifié pour cette mission ». Peut-être la déclaration de trop. Le chef idlamiste tunisien Ennahda tente de rectifier le tir. Interrogé par les médias de son pays à l’aéroport Houari Boumédiène sur son prétendu soutien au parti Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), il dément et parle d’allégations montées de toutes pièces.

Alors, pourquoi ce soutien de Rached Ghannouchi au président Abdelaziz Bouteflika ? Quelles seraient les conséquences d’une telle déclaration en Tunisie ? Le peuple algérien est-il prêt à élire un parti islamiste au pouvoir, comme le prétend Rached Ghannouchi ?

« Les Etats n’ont pas d’amis, mais des intérêts »

Abderrahim Kader, professeur de Sciences-Po spécialiste de la Tunisie, tente de répondre à ses questions. Sur les raisons d’un tel soutien, il note : « il est évident que les relations entre le leader d’Ennahda et les autorités algériennes ne sont pas au beaux fixe. L’Algérie n’a pas une très grande préférence aux islamistes. Mais entretemps, les choses ont changé. Comme disait le général De Gaulle, les Etats n’ont pas d’amis, mais des intérêts. La Tunisie a besoin du soutien financier et sécuritaire de l’Algérie, surtout sécuritaire avec la présence de groupes islamistes au Mont-chaambi, dans la frontière avec l’Algérie. L’Algérie est également obligée, elle aussi, de coopérer avec ces pays pour avoir une influence régionale ».

Le spécialiste constate que ce discours du chef d’Ennahda n’aura pas beaucoup d’impact en Tunisie, vu que Rached Ghannouchi n’est pas ministre du gouvernement mais seulement chef de parti. Même si, selon le professeur, il reste toujours un homme influent du parti islamiste. Sur l’éventualité de voir un parti islamiste au pouvoir en Algérie, Abderrahim Kader précise : « C’est un courant qui existe, il faut l’avouer. Ils sont bien présents sur la scène politique algérienne. Mais de là à prendre le pouvoir, je ne le pense pas ».

Entretemps, le pouvoir algérien se délecte de cette déclaration et prend même la défense de Rached Ghannouchi. « Rached Ghannouchi est un homme politique expérimenté, clairvoyant et avisé. Je suis convaincu qu’il n’a pas tenu ce genre de propos qui lui sont prêtés et qui pourraient être considérés comme une ingérence dans les affaires étrangères de l’Algérie », martèle Amar Belani, porte-parole du ministère algérien des Affaires étrangères.