Qui peut encore sauver le despote Ouattara en Côte d’Ivoire ?


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Alassane Ouattara
Le Président de la Côte d'Ivoire, Alassane Dramane Ouattara

Après trois jours passés du 20 au 22 décembre 2019 à glorifier le Président français, Emmanuel Macron, à Abidjan, en le couvrant de contrats juteux pour ses amis, de cadeaux et de chants d’anniversaires entonnés par des vieillards indignes de représenter la République au plus haut niveau, le régime d’Alassane Dramane Ouattara a foncé tête baissée contre le mouvement Générations et Peuples Solidaires et son leader Guillaume Kigbafori Soro.

Prisonniers politiques de Ouattara
Prisonniers politiques de Ouattara

Comme s’il avait acquis, par cette ultime braderie monumentale du pays, le droit de massacrer en paix les Ivoiriens. Déterminé, tel un serpent sorti des abysses à enrouler et désarticuler, voire décapiter l’opposition ivoirienne, le régime RHDP s’en donne depuis lors à cœur-joie : des dizaines de militants ont rejoint les geôles surpeuplées du pouvoir, depuis 2011 ; des agressions brutales des milices encagoulées ; des enlèvements spectaculaires et terrifiants, tel celui du commissaire Soro Porlo Rigobert ; des procès sommaires contre les cadres du FPI, du PDCI-RDA, de GPS ; des emprisonnements de députés au mépris de la Constitution ; la confiscation du territoire national et l’exil forcé de nombreux leaders politiques ; des assassinats de nombreux militants en prime ; des violations massives des domiciles civils et militaires en cours, telle la dernière intrusion en date d’hommes armés encagoulés au domicile du colonel Fofié Kouakou Martin, etc. L’empire de la terreur croît sans limite perceptible notamment depuis le 23 décembre 2019 en Côte d’Ivoire. Dans ces conditions, les questions qui suivent s’imposent : que signifie cette escalade débridée du pouvoir contre le peuple de Côte d’Ivoire ? Qui peut encore sauver le despote Ouattara de lui-même, en l’arrêtant dans son ire tragique pour ce pays qui n’a que trop souffert de son narcissisme incendiaire ?

Régime était en pleine dérive dictatoriale

Quand nous avons publié, en début d’année, notre dernier ouvrage, « Dérive dictatoriale en Côte d’Ivoire » (420 pages, aux Editions du Net à Paris-Saint-Ouen), beaucoup de voix se sont élevées par-ci par-là pour décrier ce qu’elles considéraient comme l’excès de notre critique. Pourtant, mon recueil de tribunes rassemblant mes observations de 2014 à 2018 se  basait sur des faits incontestables, à savoir les violations massives de la constitution par Alassane Ouattara et son clan, le mépris de la séparation des trois pouvoirs de l’Etat, les brutalités de plus en plus ostentatoires envers l’opposition politique, la montée en flèche des scandales de corruption au sommet de l’Etat avec en prime les nombreux conflits d’intérêts d’un pouvoir devenu rapidement patrimonial, la dérive du discours du régime du paradigme du droit vers celui de la force, les échecs socioéconomiques flagrants de la pauvreté et du chômage masqués par une propagande mensongère sur l’Eldorado Ivoirien supposé, pour ne citer que ces lignes de force.

J’avais donc conclu que le régime était en pleine dérive dictatoriale, en soulignant la raison principale de cette descente aux enfers : le projet d’Alassane Dramane Ouattara, de son épouse et de leurs clans associés, de procéder à une capture durable de l’Etat de Côte d’Ivoire pour eux et leurs héritiers préférés et soumis.

Avec le recul des années de terreur-Ouattara qui se suivent et se caractérisent par une aggravation de l’atteinte aux libertés fondamentales des Ivoiriens, qui peut encore douter des conclusions de notre ouvrage publié en début d’année 2019 ? Qu’il me plaise de le citer, pour la postérité :

« Si vous vivez dans un pays où le Chef de l’Etat et son régime modifient sans cesse le texte et l’esprit de la Constitution en fonction de leurs intérêts personnels et au mépris de tout compromis et de tout consensus avec l’ensemble des forces politiques de leurs pays, vous ne vivez pas dans un Etat de droit. Dans un Etat de droit, la loi n’est pas faite pour quelqu’un ou contre quelqu’un. Elle est impersonnelle, transcendante et objective. Elle est faite pour tous et ne vise personne en particulier.

Grandes lignes cruelles de l’actualité politique africaine

Si vous vivez dans un pays d’Afrique où le chef de l’Etat et de nombreux membres de son régime, se targuant pourtant d’avoir été démocratiquement élus, usent et abusent quotidiennement de la fortune publique en s’en servant avec leurs clans pour capturer l’Etat et accumuler des avoirs personnels illimités, vous ne vivez pas dans un Etat de droit. Car dans un Etat de droit, tous les abus de pouvoir, y compris ceux du pouvoir, sont punissables par la justice et ne peuvent pas prospérer.

Si vous vivez dans un pays d’Afrique où le Président de la République ou des membres de son régime, qui se prétendent bien sûr légitimes en vertu de leur élection démocratique, peuvent décider d’un coup de fil aux « forces de l’ordre », de faire arrêter un citoyen, de le faire bastonner, emprisonner, exiler ou tuer, vous ne vivez pas dans un Etat de droit. Car dans un Etat de droit, le Président de la République ou les membres de son gouvernement n’ont pas droit de vie et de mort sur les autres citoyens. ILS sont des justiciables égaux à tous les autres. C’est la justice qui tranche les conflits et non l’arbitraire des décrets des puissants.

Si vous vivez dans un pays d’Afrique où le régime interdit sans cesse les manifestations pacifiques de l’opposition, viole les libertés d’association, de réunion, d’opinion, d’expression, de pensée, de croyances, etc., sachez que vous ne vivez pas dans un Etat de droit.

Dans un Etat de droit, toutes les libertés fondamentales sont scrupuleusement respectées et protégées par une justice indépendante des autres pouvoirs.

Si vous vivez dans un pays où n’existe pas de compromis, ni de consensus entre le pouvoir, l’opposition, la société civile sur les mécanismes d’accès au pouvoir, d’exercice du pouvoir, de conservation ou de transmission du pouvoir d’Etat, vous ne vivez pas dans un Etat de droit. Si c’était le cas, des commissions électorales irréprochables seraient actives dans tous nos Etats ; les pouvoirs africains ne seraient pas déficitaires en légitimité démocratique en raison de taux d’abstention effrayants des citoyens ; de fraudes et scandales électoraux récurrents ; de cours constitutionnelles aux ordres, etc.

Si vous vivez dans un pays où les forces de l’ordre prélèvent sans cesse les pourboires lors des contrôles routiers légaux ou illégaux ; les magistrats continuent au vu et au su de tous, de percevoir des pots-de-vin pour biaiser le verdict des affaires soumises à leur jugement, rendant ainsi une justice où sans cesse les pauvres pâtissent du bras trop long des riches ; si vous vivez dans un pays où la justice n’est pas accessible à ceux qui n’ont pas d’énormes moyens financiers, des relations haut-placées, des parents membres des organes du pouvoir, oui, si vous vivez dans un tel pays, vous êtes hors de l’Etat de droit. Car dans un tel Etat, ces violations de l’égalité citoyenne sont sanctionnées par la loi, et par là, empêchées de prospérer.

Africaines et Africains qui me lisez à présent, ne reconnaissez-vous pas les grandes lignes cruelles de l’actualité politique africaine dans les descriptions hypothétiques que je viens de vous soumettre ? Ces quelques situations typiques ne vous révèlent-elles pas que l’avènement de l’Etat de droit est absolument le point focal de la révolution politique africaine de notre temps ? »

Ces lignes, au regard de l’actualité ivoirienne en particulier et africaine en général, ne brillent-elles pas des lumières de la vérité universelle ? Resterait alors à affronter la seconde question de notre éditorial.

Qui peut sauver le despote Ouattara de son enlisement dans son propre fantasme de toute-puissance ? L’expérience nous montre que seul le pouvoir limite le pouvoir. Le pouvoir, c’est la capacité d’agir ensemble, et celui qui l’exerce de façon idéale, le détenteur de l’autorité donc, est en capacité de commander efficacement, c’est-à-dire d’être obéi. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, il est clair qu’Alassane Dramane Ouattara n’exerce plus depuis notamment son second mandat présidentiel, le pouvoir au nom du Peuple ivoirien. IL ne requiert plus de ce dernier obéissance, mais plutôt soumission, puisqu’il gouverne par la violence et par le mensonge.

Peuple de Côte d’Ivoire, aide-toi et le ciel t’aidera !

Il est aussi clair que le soutien de l’actuel Président français Emmanuel Macron, ne suffira pas à contrebalancer la volonté des près de 30 millions d’habitants de la Côte d’Ivoire d’être désormais gouvernés par des gouvernants qui les respectent et les protègent réellement par une attention accrue à leur désir de justice, de sécurité et de bien-être. La tutelle néocoloniale française sera bientôt incapable de sauver les derniers dictateurs africains qu’elle entretient pour s’assurer à vil prix les matières premières du continent.

La poussée des peuples, des jeunes, des femmes et des mouvements sociaux de l’Afrique du 21ème siècle submergera inéluctablement l’impérialisme rémanent de la politique franco-africaine. Le salut de Ouattara ne passera plus par Paris, qui n’y pourra rien. Mais qui peut sauver le despote Ouattara ?

Ma réponse est claire : c’est le Peuple de Côte d’Ivoire et lui seul qui peut arrêter l’autocrate Alassane Dramane Ouattara dans sa folie destructrice des acquis démocratiques de cette Nation. En s’appliquant le principe du « Un pour Tous », « Tous pour Un », les Ivoiriennes et les Ivoiriens sont amplement en mesure d’obtenir l’instauration d’un Etat de droit et d’une démocratie exemplaires sur leur sol. Telle est du reste la mission axiale et centrale du Mouvement Générations et Peuples Solidaires, présentée magistralement par l’allocution sublime du 31 décembre 2019 par le leader Guillaume Kigbafori Soro. Oui, Peuple de Côte d’Ivoire, aide-toi et le ciel t’aidera !

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