Qui du Maroc ou de l’Algérie dirigera le dialogue intermalien ?

Les pourparlers entre le pouvoir malien et les Touaregs doivent reprendre incessamment sous peu. Alors que l’Algérie était sur le point de signer son grand retour en tant que médiateur, mettant ainsi sur le banc de touche le Burkina Faso, le Maroc est sollicité par les différents groupes rebelles du Nord-Mali. Analyse.

Les négociations en vue d’une réconciliation nationale au Mali doivent reprendre très prochainement. L’occasion pour l’Algérie de s’imposer à nouveau comme médiateur incontournable dans la crise malienne. Mais le retour prochain de l’Algérie au Mali a suscité polémique et rumeurs. L’exclusion du Burkina Faso, qui avait repris la main dans les négociations intermaliennes depuis l’opération Serval, est-elle due au retour du géant maghrébin ?

« Il ne s’agit pas d’une compétition entre pays mais d’un appoint pour la résolution de la crise », a expliqué le ministre malien des Affaires étrangères, Zahabi Ould Sidy Mohamed. « Il n’y a ni négociations secrètes ni agenda caché, c’est une initiative de nos frères algériens qui a reçu l’assentiment du gouvernement malien en vue d’aboutir à des négociations inclusives ».

IBK remonté contre Compaoré

Au 22e Sommet de l’Union africaine, à Addis Abeba, le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a tenu a rassuré son homologue burkinabé, Djibril Ypené, que la médiation algérienne ne remettrait pas en cause celle de Ouagadougou. Le chef de la diplomatie malienne a quant à lui préféré mettre les pincettes de côté en déclarant : « Le Burkina ne doit pas s’offusquer car on est médiateur quand on vous sollicite ». Une manière, jugée peu délicate, de remettre à sa place la diplomatie burkinabé. Et comme si cela ne suffisait pas, Sidy Mohamed a insisté en lançant une déclaration lapidaire, qui sonne d’ailleurs comme un désaveu pour le Burkina Faso : « Tous ceux qui connaissent les dossiers savent que l’Algérie est incontournable dans ce dossier ».

Il semble claire que le Président malien, Ibrahim Boubacar Keita (IBK), soit remonté contre le dirigeant burkinabé. Mais qu’a donc fait Blaise Compaoré? Non seulement les efforts du Burkina Faso dans la résolution de la crise malienne n’ont pas porté leur fruit, mais les deux pays ne sont plus sur la même longueur d’ondes sur la manière dont les discussions doivent se dérouler, selon des médias algériens et maliens. Mais c’est aussi et surtout parce que Blaise Compaoré est jugé trop « complaisant » envers les touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).

Le dialogue entre Bamako et le MNLA, prévu par les accords de Ouagadougou du 18 juin 2013, a du mal s’engager. Les deux parties ne s’entendent pas sur le choix du nouveau médiateur. A défaut de ne pouvoir bénéficier de la médiation de Ouagadougou, le MNLA propose le Maroc, alors que Bamako mise clairement sur Alger. Un énième bras-de-fer se dessine à l’horizon.

Le Maroc entre en jeu

Pas de concession sur le choix du nouveau médiateur. C’est ce qu’on clairement fait comprendre les responsables du MNLA qui ont refusé, le 19 janvier, de se rendre à Alger pour mener, avec d’autres groupes rebelles du Nord, des discussions exploratoires en vue de relancer le dialogue intermalien. Ces derniers ont préféré être reçus, vendredi dernier, en audience royale par le roi Mohammed VI afin de solliciter son « accompagnement ». Le secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Acherif, a publié un communiqué à l’issue de cet entretien : le souverain serait décidé « à engager une diplomatie active auprès de tous les Etats soucieux de la paix et de la stabilité dans notre région en vue de dépasser les blocages et l’impasse dans lesquels le gouvernement du Mali est en train de mettre dangereusement le processus politique en cours. »

Toutefois, rien n’est sûr que le Maroc, qui a ces derniers temps cumulé les brouilles avec son voisin algérien, prenne le risque de se brouiller aussi avec Bamako. D’autant plus que le poids du MNLA a considérablement diminué. Mais ce qui pourrait changer la donne, c’est que le MNLA n’est visiblement pas la seule partie à rejeter la médiation algérienne. D’autres groupes rebelles ont fini par la rejeter après avoir l’avoir pourtant acceptée, dont le Mouvement des Arabes de l’Azawad (MAA), la Coordination des mouvements et forces patriotiques de résistance (CMFPR) et le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA). Les responsables du MMA, de la CMFPR et du HCUA ont fini par dénoncer la rencontre à Alger, arguant que ceux qui y étaient en leur nom ne les représentaient pas.

Pour quelle raison les groupes rebelles du nord-malien tiennent-ils à évincer l’Algérie ? Pour l’heure, aucun de ces groupes ne s’est clairement exprimé à ce sujet. Polémique et rumeurs vont bon train, car c’est désormais le Maroc qui pourrait tirer profit de cette affaire en se positionnant comme le médiateur attendu. La presse algérienne accuse le coup et est persuadée que des lobbys pro-Maroc se sont activés sur le terrain. Elle rappelle toutefois qu’« il est très difficile d’imaginer que l’avenir du Sahel puisse se décider sans l’Algérie. Et cela, tout le monde le sait. A commencer par le MNLA », à moins que l’ONU ne prenne le dossier en main….

Alors, qui du Maroc ou de l’Algérie remplacera le Burkina Faso ?