Quelle sortie pour Kadhafi et ses proches ?

A la recherche d’une voie de sortie, des responsables du gouvernement de Mouammar Kadhafi ont rencontré ce mardi le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. Il y a été question des conditions de la mise en place d’un armistice et du sort des populations libyennes. Moussa Ibrahim, le porte-parole du régime libyen a appelé au dialogue à condition que l’OTAN cesse ses frappes. La veille, le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo a déposé un mandat d’arrêt contre le dirigeant libyen et deux de ses proches pour crimes contre l’humanité.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, s’est entretenu ce mardi à Moscou, avec quelques responsables du gouvernement libyen. Il leur a demandé de respecter la résolution du conseil de sécurité de l’ONU et de cesser « le bain de sang » contre les populations civiles. Le pays, qui s’est abstenu d’utiliser son droit de véto lors de la résolution 1973 qui autorise la coalition internationale à intervenir en Libye, a appelé le régime libyen à coopérer avec les Nations Unies pour permettre l’acheminement de l’aide humanitaire vers la population civile. Moscou a également demandé au gouvernement du colonel Kadhafi de « se mettre d’accord sur le délai et les conditions d’un armistice ». La diplomatie russe devrait rencontrer dès que possible les représentants des insurgés libyens qui ont annulé leur visite lundi pour des « raisons techniques ».

Le gouvernement libyen prêt à un cessez-le-feu

Moussa Ibrahim, le porte-parole du gouvernement libyen a réitéré ce mardi l’offre de dialogue avec la communauté internationale à condition que l’OTAN cesse ses tirs. « Si l’OTAN veut réellement protéger les civils(…) alors nous les appelons à arrêter et à commencer à nous parler ». Dans la nuit de lundi à mardi, l’Alliance Atlantique a continué ses bombardements sur des bâtiments officiels de la capitale, Tripoli. Trois fortes explosions ont été entendues dans le secteur de Bab Al-Aziziya, où se situe la résidence du colonel Kadhafi. Un incendie a éclaté dans les étages supérieurs du bâtiment du ministère de l’Intérieur qui contiendrait des documents impliquant des dirigeants du Conseil national de transition (CNT), organe qui représente les insurgés libyens, selon les autorités officielles. En début de mois, une frappe de l’organisation militaire a provoqué la mort dans leur résidence du centre de Tripoli du plus jeune fils du dirigeant libyen, Seif al-Arab, de sa belle-fille et de trois de ses petits-enfants. L’Alliance Atlantique avait auparavant bombardé le bureau du dirigeant libyen. Baghadadi Mahmoudi, le chef du gouvernement libyen a affirmé dimanche en compagnie de l’émissaire de l’ONU, Adbel-Elah al Khatib, que le régime était prêt à « un cessez-le-feu immédiat qui coïnciderait avec un arrêt des bombardements de l’OTAN », selon l’agence officielle Jana.

Un mandat d’arrêt de la CPI contre Mouammar Kadhafi

Le procureur de la Cour pénale internationale(CPI), Luis Moreno-Ocampo a lancé lundi un mandat d’arrêt, pour crimes contre l’humanité, contre le Guide libyen et deux de ses proches. Le procureur argentin estime que « Mouammar Kadhafi a personnellement commandé des attaques contre des civils libyens armés », ainsi que « son bras droit » Abdallah al-Senoussi, chef des services de renseignement. Son fils, Seif al-Islam, « premier ministre de facto », est accusé d’avoir recruté des mercenaires. Le bureau du procureur de la CPI détient des documents « montrant que les trois ont tenu des réunions pour planifier et diriger » la répression avec usage de balles réels contre des manifestants, des attaques contre les civils dans leurs foyers, l’emploi d’armes lourdes contre les populations et des actes de persécutions qui se poursuivent à l’heure actuelle . Les juges de la CPI peuvent soit accepter la requête du procureur, soit la rejeter, ou demander des informations supplémentaires. Une enquête préliminaire concernant huit personnes dont le dirigeant libyen et ses fils avait été ouverte le 3 mars.

Tripoli, qui ne se sent « pas concerné » par la procédure lancée par le procureur de la CPI, a rejeté toutes ces accusations. Moussa Ibrahim a indiqué lundi que le gouvernement n’a jamais « ordonné de tuer des civils ou engagé de mercenaires contre son peuple ». La Libye n’est pas signataire du traité de Rome instituant la Cour pénale internationale en 2002. Le CNT a en revanche salué l’action du diplomate argentin, mais souhaite que Kadhafi et ses proches « soient d’abord jugés en Libye avant d’être jugés par une cour internationale ».

Depuis le début du conflit à la mi-février, il y aurait eu des milliers de morts en Libye d’après le juriste argentin et près de 750 000 déplacés.