Quelle diaspora pour quelle valeur ajoutée ?

L’an 2000, le troisième millénaire, le vingt-et-unième siècle était annoncé comme celui de tous les défis pour le continent africain. Nouvelles technologies, NEPAD, bonne gouvernance… autant de solutions avancées pour dynamiser l’Afrique dans sa quête de développement. Sur cette liste non exhaustive au chevet d’une Afrique malade, il y a l’apport des diasporas africaines. Supposé ou réel, le poids économique et politique de ces fils d’Afrique mériterait bien qu’on s’y attarde. Mais qui sont ces enfants prodigues ? Que rapportent-ils à leur Mère Afrique? Le foyer familial est-il prêt à les accueillir ?

L’an 2000, le troisième millénaire, le vingt-et-unième siècle était annoncé comme celui de tous les défis pour le continent africain. Nouvelles technologies, NEPAD, bonne gouvernance… autant de solutions avancées pour dynamiser l’Afrique dans sa quête de développement. Sur cette liste non exhaustive au chevet d’une Afrique malade, il y a l’apport des diasporas africaines. Supposé ou réel, le poids économique et politique de ces fils d’Afrique mériterait bien qu’on s’y attarde. Mais qui sont ces enfants prodigues ? Que rapportent-ils à leur Mère Afrique? Le foyer familial est-il prêt à les accueillir ?

La diaspora africaine, une roue motrice pour le développement de l’Afrique. La phrase est lâchée. Telle une formule magique, ces professionnels de la communication, ces grands orateurs bien pensants ont vite fait de mettre à toutes les sauces ce terme générique. Mais a-t-on seulement défini les conditions d’un tel retour ? Partir pour l’eldorado, fuir la précarité et l’instabilité qui caractérisent nos pays, ou mieux, partir à la quête du savoir et des technologies nouvelles ; les immigrés africains répondent tous à une même constante : celle de l’amélioration de leurs conditions de vie.

Un aller sans retour ?

La diaspora, résultat de vagues successives d’émigrations vers les pays du Nord répond à diverses motivations. Au lendemain des indépendances, les pays africains, dans la course au développement envoient leurs ressortissants dans les pays occidentaux à la quête du savoir. Voyages d’études, octrois de bourses, tout est mis en œuvre pour un acquisition de compétences outre atlantiques nécessaires au développement de nos pays. Or, dans l’analyse du processus de développement la variable migration peut avoir un caractère paradoxal. Elle peut, en effet, être vue sous une optique de gain ou de perte pour la construction des pays d’origine.

Une fois la connaissance acquise, le retour aux sources n’est toujours pas automatique. Selon un rapport de l’UNESCO, plus de 30 000 boursiers venus faire leurs études dans les pays de l’Union européenne n’ont pas regagné leur pays d’origine. Voyages sans retour, migration du capital humain, la fuite des cerveaux est un mal qui vient s’ajouter à la longue liste des pesanteurs qui handicapent le continent. Chercheurs, informaticiens, médecins, personnels hautement qualifiés, l’Afrique se vide de sa matière grise et de ses compétences. Le paradoxe, c’est que pour compenser le manque d’effectifs qualifiés, les pays africains consacrent chaque année environ 4 milliards de dollars à l’emploi d’environ 100 000 expatriés non africains. Alors que certains pays d’accueil mettent en place des politiques d’assimilation des immigrés, l’on peut s’interroger si, ces fils du continent, depuis l’eldorado ont encore préservé le cordon ombilical ?

La diaspora, quelle chance pour l’Afrique ?

S’il est vrai que les investissements directs étrangers depuis ces dernières années sont en nette progression sur le continent, un rapport récent de la Banque mondiale souligne le poids de la contribution des immigrés africains à travers des initiatives privées (projets de développement privés et investissements directs) dans le développement économique des pays d’origine. Des exemples de rapatriement de fonds, de transferts de devises sont légions. Avec plus de 4 millions d’expatriés soit 1/3 de la population totale, l’Etat malien se félicite de l’apport de ces fils de l’étranger. Faire de la diaspora un vrai levier pour le développement des pays d’origine suppose une vraie politique.

L’Organisation Internationale des Migrations crée en 1983 a pour vocation le contrôle les flux migratoires et plus que tout d’assister le retour dans les pays d’origine. Vingt ans plus tard, quel bilan peut on faire ? Comment maximaliser les profits de l’immigration si corruption, instabilité économique et guerre civile restent le lot quotidien de l’Afrique ? Au-delà des micros investissements faits au niveau individuel, l’heure est venue d’une prise en compte de ces fils de l’étranger par une politique volontariste de réintégration systématique des nationaux formés à l’étranger.

Faire de la diaspora une chance pour le continent, reste une noble idée. Elle est sûrement en marche à l’image de cette Afrique qui dit non aux pronostics les plus macabres. Un rêve, une espérance ? La diaspora comme valeur ajoutée. Au delà du slogan, donner à l’immigré l’amour de sa patrie, redéfinir une politique du « retour au pays », là réside la vraie valeur ajoutée.

Romaric Atchourou