Quand le préservatif capote

Une campagne nationale de prévention contre le sida en Zambie, l’un des pays les plus touchés par le virus HIV, ne semblait pas un luxe mais bel et bien une nécessité. Du moins c’est ce que nous dicterait la bonne religion du bon sens.

Mais hélas, nous ne sommes pas tous de la même confession. Et les églises du pays, cédant aux sirènes de leur foi, se mobilisent pour stopper la salutaire initiative. Tant et si bien qu’elles font plier le ministre de la Santé. La campagne sera avortée. Blasphème humaniste.

C’est que les spots télé, diffusés en prime time, étaient de nature à heurter la sensibilité des familles où la sexualité reste taboue. Tellement taboue que les chiffres du sida en Zambie explosent. La solution toute trouvée pour ces gardiens du culte : fustiger, oui, l’usage du préservatif (ben voyons) et Dieu reconnaîtra les siens.

Alors ils nous feront l’apologie de l’abstinence. Ils feraient mieux de s’abstenir de défendre de telles idioties criminelles et de nous épargner leur liturgie d’un autre âge sur les affaires sexuelles. Faut-il qu’ils soient à ce point bornés pour refuser l’évidence ? Les voies du Seigneur sont vraiment impénétrables.

La position frise la mauvaise foi, croustillant paradoxe pour des hommes d’Eglise. On ne peut vraiment pas croire qu’il s’agisse d’inconscience. Une inconscience qui, toute divine qu’elle fût, conduirait à l’absurdité de nier une maladie aux tristes penchants meurtriers. Euphémisme poétique pour un fléau qui décime nos pairs.

Mais le véritable drame de l’histoire n’est peut être pas là. Et il faut plus certainement regretter que le poids d’institutions, qui arrivent à infléchir des politiques de santé publique, ne soit pas mis dans la balance pour la faire pencher du côté de la vie.