Quand la friperie froisse

Fronde des professionnels du textile et de l’Etat camerounais contre le secteur de la fripe. Le marché des vêtements de seconde main ne serait pas sain et mettrait en péril l’activité de toute une branche.

La friperie est en train de tuer l’industrie textile du Cameroun. Les professionnels de l’habillement, en tête desquels la Cicam, principale entreprise de confection dans le pays, tirent la sonnette d’alarme. Des doléances qui arrivent à point nommé à l’heure où le gouvernement entreprend une restructuration de la filière. Attaqués de toutes parts, les friperies se défendent mais craignent pour leur avenir.

Concurrençant le marché du neuf, les vêtements de seconde main inquiètent le prêt à porter et la confection camerounaise. Moins cher. L’argument est de taille et séduit de plus en plus de ménages, heureux de pouvoir se vêtir à moindres frais. Heureux, tout le monde ne l’est pas. Car les nouveaux venus offrent une concurrence que d’aucuns se plaisent à qualifier de déloyale.

Dans le collimateur de l’Etat

La fripe dérange. Et pas seulement les professionnels. L’Etat a lui aussi quelques doutes sur la santé de l’activité d’ailleurs largement dominée par l’informel. Le secteur ne serait pas sain. Au sens propre comme au sens figuré. Alors que le ministère des Finances confirme la présence de fraude à l’importation, le ministère de la Santé met sérieusement en doute la qualité d’hygiène des vêtements acheminés dans le pays.

Tout est importé. Ce qui, au regard des autorités, n’est pas sans poser d’énormes difficultés de transparence. Aussi accuse-t-on les importateurs de friperie de faire entrer clandestinement des chutes de tissu dans le pays via les containers de vêtements, échappant ainsi à toute imposition.

 » Nous avons reçu des plaintes pour dermatoses « . Si on en croit le sous-directeur de l’hygiène publique et de l’assainissement, Mbang Amoudou Rémy, interrogé par le Messager, les articles de seconde main véhiculeraient également des maladies de peau. Il existe bien un certificat de fumigation qui garantit le traitement des vêtements, mais celui-ci doit être délivré par le pays exportateur. Aucun contrôle rigoureux n’est effectué au Cameroun.

La friperie a du souci à se faire. A la fronde qui la menace, elle ne peut opposer que la reconnaissance de clients qui n’ont malheureusement aucun réel poids dans la balance.