Quand l’Afrique rencontre l’Orient

Mélanger les tambours perses aux balafons africains, il fallait y penser. Falak l’a fait. Né de la rencontre de deux familles de musiciens, la jeune et originale formation de percussionnistes ouvrira ce vendredi les réjouissances du treizième festival Africolor. Afrik s’est faufilé aux répétitions pour découvrir cette curiosité rythmique. Reportage.

Studio Charles Trenet, Maison de la radio, Paris. A peine sommes-nous dans le couloir qui mène à la scène que nous entendons monter le son du balafon. Ils répètent. Le  » ils  » c’est eux : le groupe Falak. Sur le papier, le treizième festival Africolor (14 au 25 décembre 2001) annonce un mélange de tambours perses et de balafons africains. Curieux, nous sommes allés voir cette singularité rythmique de plus près. Grand bien nous en a pris.

Dans le studio encombré d’instruments divers, assis en arc de cercle, ils sont là. La famille Chemirani – Keyvan, Bijan et leur père- et la famille Traoré – Souleymane ou Néba, son frère Siaka et leur cousin Oumar. L’une est iranienne, l’autre malienne. L’une est au zarb (percussion traditionnelle iranienne), l’autre est au balafon.

Un bon mariage

Bardés de micros, ils jouent tous à même le sol. En toute simplicité. Comme pour un petit boeuf entre amis. Mais nous sommes tout de suite surpris par la force de ce mariage de genre pour le moins inhabituel. Pas de discordance, pas de déséquilibre, les différentes percussions se trouvent facilement et se fondent toutes dans un même élan musical.

Oumar a gardé sa veste en jeans. Mais elle n’a pas l’air de le gêner le moins du monde pour être de la partie. Sa tête accompagne le rythme, il est plongé dans sa musique, possédé par ses sons. Siaka est, quant à lui, très concentré sur son balafon. Visage fermé, le regard attentif, on le sent vigilant et studieux. Il fait montre d’une belle technique, tout comme celle de son frère, Néba Solo, le leader de la section, qui semble pour sa part aussi détendu que s’il parlait à un ami. Une décontraction déconcertante quand on voit les envolées rapides de ses baguettes sur les lamelles de bois d’un balafon qu’il a lui-même construit.

Tout aussi impressionnante est la technique de frappe des Chemirani. Les mains de Keyvan et de son père virevoltent sur la peau du tambour. Les mouvements sont légers, rapides et précis. Frappé, frotté ou gratté, l’instrument révèle de véritables trésors de sonorité.

La musique mais aussi le chant

Petite pause, Keyvan se talque les mains. Et puis surprise, la voix de Néba Solo s’élève tout à coup. Personne ne nous avait prévenu, mais il chante. Et pas comme un cadre supérieur dans un karaoké de comité d’entreprise. Il fait montre d’un véritable talent. Dans la droite lignée de l’école malienne. Une voix pleine de stature à la fois fluide et chargée d’authenticité.

Falak,  » la voûte céleste  » en arabe, est l’instigateur du groupe. C’est en Espagne, sur le marché des musiques du monde, à Saragosse, qu’il rencontre Philippe Conrath, le directeur d’Africolor. Il lui fait part de sa volonté de jouer avec des musiciens africains, lui qui, avec son frère et son père, évoluait au sein de la formation familiale Trio Chemirani. Musique orientale. Peu de temps après, ils rencontrent au Mali, dans la région de Sikasso, la famille Traoré, balafoniste de père en fils. Ils jettent alors les bases de ce que nous pouvons entendre aujourd’hui.

A l’issue de la répétition, nous ressortons conquis par la justesse du mélange. Passé le simple stade de la curiosité, Falak dispose véritablement d’un beau potentiel rythmique qu’il sait déjà exploiter avec aisance.

Il ouvre le festival Africolor, le vendredi 14 décembre, à Montreuil, en région parisienne. A voir et à entendre.

Falak

Centre dramatique national de Montreuil

26, place Jean Jaurès

93100 Montreuil

Prix des places 50 F